En français dans le text

  • Posté le : 31/01/2007 - 17:29
  • par : Yann

Quand on réussit à faire abstraction du côté lourd de la chose, il est toujours amusant de voir un puriste québécois reprocher aux Français d'utiliser trop d'anglicismes. Systématiquement, ces valeureux défenseurs de la langue de Molière illustrent leur propos en expliquant que les Québécois "magasinent" et ne font pas de "shopping", exemple relativement mal choisi puisque, selon le contexte, les termes les plus utilisés en France sont "faire ses courses" ou "faire les boutiques". Bref, disais-je, il est comique de voir certains Québécois défendre ainsi la pureté de la langue française alors qu'ils utilisent eux-mêmes de nombreuses tournures anglaises sans s'en rendre compte. Je ne parle pas ici des expressions transcrites telles quelles du vocabulaire de la perfide Albion, comme "avoir du fun", "checker", ou "fucker son char", mais de formules Canada Dry qui ont la couleur du français, le goût du français, mais sont d'origine anglaise. J'en soumets quelques exemples à votre sagacité. Je m'excuse par avance des erreurs d'interprétation que j'ai pu faire, mais IANAL (I am not a linguist).

Au Québec
En anglais
En France

C'est correct ?
Is it OK ?
C'est bon ?

Prendre une marche
Having a walk
Faire un tour

Prendre une chance
Taking a chance
Prendre le risque

Eric Lapointe à son meilleur
Elton John at his best
Le meilleur de Jean-Jacques Goldman

Ca goûte le vinaigre
It tastes like vinegar
Ca a le goût de vinaigre

Ca paraît que tu es fatigué
it seems you're tired
Tu as l'air fatigué

J'habite toujours la même place
I still live at the same place
J'habite toujours au même endroit.

- Merci
- Bienvenue
- Thank you
- You're welcome
- Merci
- De rien

Appliquer pour un emploi
Applying for a job
Postuler pour un emploi

Ca suce
It sucks
Ca craint

Une coup' de minutes
A couple of minutes
Quelques minutes

et mon préféré :

Mercredi le 31 janvier
Wednesday, the 31st of january
Le mercredi 31 janvier

Avant de me faire agresser, je tiens à préciser que je ne pense pas qu'un de ces deux peuples parle mieux le français que l'autre. Ces querelles stériles me rappellent juste un vieux proverbe impliquant une paille, un oeil, une poutre et un voisin.

Commentaires

Hé! Hé! Bien vu!

La prochaine fois qu'un ayatollah de la langue te casse les oreilles avec les angliscismes utilisés par les Français, appelle-moi je vais lui régler son compte...(non-violemment,évidemment)

Je commence à être un peu "tanné" de ces puristes qui se prennent pour Bernard Pivot. Pour ma part, j'ai une vision très anglophone de la langue. Une langue, c'est comme une bonne vieille paire de jean usées. C'est confortable et ça doit "faire la job". Selon moi, pourvu qu'on se comprenne, c'est le principal!

D'ailleurs les anglos n'ont pas de crise cardiaque à chaque fois qu'ils utilisent un mot d'origine française (déjà vu, gourmet, champagne, challenge, etc.)

Bon, je comprends qu'ici le contexte est différent, mais un moment donné, il faut en revenir et cesser d'être (parfois) misérabiliste, boutte viarge!

Bon, j'arrête ma montée de lait et je vous remercie de m'avoir lu!

Seb

hi hi hi Bien vu !

Si seulement tu pouvais allonger cette liste ! Je suis québécois et franchement, j'ai du mal moi aussi avec les Bébécois qui prétendent utiliser moins d'anglicismes que les Français.

Tu corrigeras ça dans ton tableau : Prendre une marche, ça vient directement de "Take a walk". Et pour la bonne expression française, tu peux mettres plusieurs variantes. Aller faire un tour à pieds, ou mieux : aller se balader.

Je dirai aussi: bien vu !

C'est clair que quand on connait bien l'anglais on arrive plus facilement à en déceler les expressions qu'on s'est attribués textuellement. J'avoue que j'aime bien moi.

Sinon; pour l'utilisation d'un angliscisme c'est autre chose, totalement. Je crois que c'est à chacun de balayer devant sa porte ;)

Bonjour !

Je suis aussi immigrante depuis 1986 et ton blog m'a fait rire et penser à mes premières années ici !

Hello Ian !

Pour ma part, je rentre tout juste du Cameroun. Et l'une de mes grandes découvertes là-bas a été la langue de Molière version camerounaise, au moins aussi différente de la nôtre (le français de France) que l'est le français du Québec. Les mots sont les mêmes, mais n'ont pas le même sens. Ca, plus l'accent à couper au couteau de la plupart des Camerounais, ça vaut vraiment le détour.

Quelques exemples :

"Ca va ?" "Oui, ça va un peu". (= ça va assez bien)

"J'attends depuis" (= j'attends depuis longtemps)

"Vous me remarquez ?" (= vous me reconnaissez ?)

Bises à toi et à Madame :))

Hello,
je pense que ces expressions "traduites" sont courantes dans un pays avec plusieurs langues.
Chez moi, en Suisse, il y a beaucoup d'expression tirée de l'allemand. Mais je ne le sais que depuis peu. comme j'ai grandi avec, ça ne me choquait pas. Mais je me suis mise à faire des recherches sur le patois d'ici et c'est là que j'ai découvert tous les mots patois que je pensais français et les expressions tirées de l'allemand.
On ne se rend pas compte de cela quand on vit dedans depuis toujours.

Question: c'est lequel le proverbe d'en tu parles? ca ne me dit rien...

Remarque: en français dans le text devrait s'écrire en français dans le texte.

A bientôt

Tofsi > Alors, le proverbe : "voir la paille dans l’oeil de son voisin et ne pas voir la poutre qui est dans le sien."

Et pour le tire : “text”, c’est fait exprès, c’est parce que c’est en anglais, comme ça, on reste dans le sujet avec humour ;)

Joli proverbe, je ne connaissais pas mais il illustre bien le sujet.

OUbliez ma remarque pour le titre, je dois être fatiguée, j'avais pas compris.

Bonjour!

J'ai vraiment bien ris quand j'ai lu cet article. Il va falloir que je l'imprime et que je le mette sous le nez de ma tante qui vit à Montréal depuis 40 ans et qui est encore plus stricte en ce qui concerne l'anglais dans le français que tous les Québécois de souche... Le plus drôle étant que de plus en plus des mots d'anglais émaillent son discours sans même qu'elle s'en aperçoive...
A rappeler à tous les Anglophones du monde et à tous les Francophones puristes: une très grande partie de la langue anglaise vient du Français (1066 guillaume le Conquérant...)
Cette intolérance vis à vis de nouveaux mots (de toutes nationalités) est vraiment pénible et je trouve que ce serait bien dommage si chaque région ou pays parlait un français unique...
Sur ce, Kenavo!

Très bon exercice cette mise en évidence des relations entre le québécois, l'anglais et le Français.
Lors d'un excès de "ras le bol" suite aux remarques de plus en plus fréquentes sur l'utilsation des anglicismes en France, J'avais fait avec l'aide d'une amie, une liste des mots anglais utilisé au Québec.
Je n'ai jamais montré cette liste mais je vais essayer de la travailler pour la faire partager.

PS (ou UMP comme me le fait remarquer mon amie...) : Moi non plus, je ne veux pas dire que les françaias n'emploie pas de mots anglais. Je veux surtout mettre en évidence que les québécois en utilisent sans parfois même s'en apercevoir.

Nouveau commentaire qui n'a rien à voir!
Est-ce qu'il serait possible de pouvoir modifier nos réponses.
En me relisant, j'ai vu dans mon dernier message d'affreuses fôtes d'ortografe et j'en ai honte! :-(

que dire de
"je vais canceler la réservation" (entendu le deuxième soir à Montréal)
"phoquer le chien"
"courir la chance"
pour finir, "ça suce", je pensais l'avoir inventé, je suis déçue.
en fait, il faut reconnaitre que les français emploient plus de mots anglais "purs" alors que les québécois en font des néologismes (des nouveaux mots qui n'existent pas dans ce qu'on considère être la version standard de la langue -I am a linguist) et les insérent, ni vu ni connu, dans ce qu'ils pensent être du "bon français".

Philippe> Je vais voir ce que je peux faire pour autoriser la correction des commentaires.
Poutine Girl> Il y a des études statistiques là-dessus ? Ça m'intéresse :-) .

Moi aussi on m'a plusieurs fois fait cette fameuse réflexion que les français font plus d'anglicismes que les québécois... qui ont à chaque fois donné d'intéressants débats. J'en ai fait un article aussi :
http://les2val.blogspot.com/2007/01/ternel-dbat.html

Je n'ai pas parlé des traductions directes de l'anglais au français.
Je vais rajouter un lien vers ton article ! ;-)

val> Je crois que c'est un sujet fédérateur pour tous les immigrés français au Québec :-)

Ian et val> Je pense que tous les français un jour ou l'autre ont entendu (ou subis) les fameuses reflexions.
J'ai déjà répertorié avec une amies, les différents termes angloquébécois utilisés ici.
Ce soir, je ne devrais pas avoir le temps (St-Valentin oblige) mais c'est sur que je vais jeter un coup d'oil très interessé à l'article de val.
Allez bonne tempête de neige à tous... et faites attention à vos dos!

En effet, c'est le lot de tout français que de relever les abus de langage de nos amis québécwés, eux qui nous reprochent 6 fois par jour l'usage de "parking"... ; )

Ai compilé, dans une sorte d'abécédaire décalé, tous les termes anglais qu'ils ont réussi à "franciser", qu'ils utilisent quotidiennement en croyant dur comme fer qu'il s'agit là de vrais mots français ! ; )

@+ Cdrik

La révolusion de l'ortograf è komansé -> www.ortograf.net

pepe> Tu es complètement hors-sujet, mais j'imagine que le principal était de faire de la publicité pour ton site.

passionnant sujet que les emprunts grammaticaux. que je trouve bien plus épatants encore que les emprunts dans le vocabulaire. hésite pas à en publier d'autres!

précision: je relis la liste et me rappelle que mon grand-père dit aussi "enne coup' dé fwé" pour dire "quelques fois"... et il a jamais eu le moindre contact avec l'anglais! je me demande dans quel sens s'est fait l'emprunt :/

La différence entre le français oral au Québec ou en France, que je crois avoir noté déjà dans un précédent commentaire, est que le Québec ne légitime pas le mauvais français dans ses institutions. Bien que selon des propositions du PQ cela pourrait changer, il reste qu'on ne verra que très rarement des anglicismes à l'écrit au Québec. En France, les anglicismes se retrouvent sur les nombreux (plus que nombreux) documents administratifs à remplir, sur les factures de téléphone, sur les relevés bancaire, etc.

On les retrouve aussi dans les noms des boutiques et dans les publicités. Il arrive souvent qu'une pub dans le métro ait un slogan en anglais (Lufthansa et Levi's entre autre ces jours-ci) avec un petit * qui au bas de la pub qui indique la traduction en français. Pourquoi ? Parce que c'est cooooool d'utiliser l'anglais en France mais il faut quand même mettre une traduction parce que le français moyen ne comprendrait pas.

La différence entre l'utilisation de l'anglais dans les deux endroits est aussi que le Québec a l'excuse d'être une minorité de 7M dans un bassin de plus de 320M et que la ville la plus importante de la province compte un grand nombre de Québécois de souche anglophone. Mais la France, quelle est son excuse ? Y'a un super cours d'eau entre la France et le pays anglo le plus près ! Et on ne peut pas dire que les Français sont très tendres envers les voisins Britaniques.

De plus, les français parlent un anglais plus que médiocre (ce qui m'arrange puisque j'enseigne l'anglais à Lyon et je fais pas mal de "thune" grâce à ça) mais adore quand même ponctuer leur discours d'un mot anglais ici et là.

Ce qui est aussi très paradoxal, c'est la manière dont les Français parlent des Américains en général: obèses, ignorants, racistes, Bush est un connard et j'en passe et des meilleurs... Alors, pourquoi laisser leur culture impérialiser la France et accueillir leurs produits les bras grands ouverts ? Pourquoi regarder "Desparate Housewives" religieusement ? (Au Québec, on regarde "Beautés désespérées")

Ça prendrait un linguiste avec des statistiques pour montrer le pourcentage d'anglicisme utilisé au Qc et en France. Mais ça a peu d'importance.

Il est important que le Qc continue de protéger le français afin de préserver une culture menacée face au géant américain. Parce que de toute façon, la France ne le fera pas...

Je répondrais bien mais mon trollomètre a explosé.

pas cool

[...] Selon Tardivel, le véritable anglicisme ne consiste effectivement pas à utiliser des mots anglais dans un discours français, mais à utiliser des mots français avec un sens anglais. Il prend comme premier exemple l'expression "Faire application pour une place" qui est un emprunt manifeste à la langue de l'ennemi. Selon lui, le terme "application" a en effet pour seule signification en français le fait d'appliquer une chose a une autre, l'autre sens (proposer sa candidature) provenant de l'anglais "To make application for a place". Ce genre d'expression Canada Dry (ça a seulement la couleur et le goût du français) ne m'avait pas échappé et j'y ai même consacré un billet. [...]

C'est vraiment interessant ! Une note: en anglais, on ne dit pas "having a walk", mais "going for a walk."