Réflexions sur un premier tour

  • Posté le : 22/04/2007 - 15:51
  • par : Yann

Après une tentative balbutiante de live blogging, voici une petite synthèse du brunch présidentiel et des élections qui l'ont motivé. Nous étions une quinzaine de blogueurs au café Méliès, parmi lesquels Laurent, Philippe, Christophe, Isabelle, Christian et Véro. En raison de problèmes techniques, nous ne pouvions profiter de la télévision de l'establishment établissement. Laurent et Philippe ont heureusement installé un ordinateur portable relié à un grand écran afin que nous puissions suivre la soirée des résultats en streaming sur le site de France 24.

Alors que les Français sont très peu nombreux à suivre les élections québécoises ou canadiennes, j'ai été surpris que plusieurs clients locaux du café viennent nous demander si nous avions des résultats. Cet intérêt se retrouvait également dans les dias de la Belle Province. Le fait qu'une femme ait pour la première fois la possibilité de remporter une élection présidentielle française et que la personnalité de son adversaire soit très controversée ne semble pas étranger à ce phénomène.

Les résultats des élections proprement dites ne m'ont en revanche pas surpris. Bien que l'idée que Jean-Marie Le Pen puisse accéder au second tour me terrorisait, j'ai finalement estimé que cette hypothèse était peu probable pour trois raisons. La première est que beaucoup de personnes qui habituellement ne votent pas ou votent pour de petits partis allaient probablement se rabattre sur les grands candidats dans l'angoisse de revivre la catastrophe de 2002. La deuxième est que les électeurs de Le Pen ont compris qu'il aurait très peu de chances d'être élu même s'il se qualifie pour le second tour, et qu'ils préfèreraient donner leur voix à Sarkozy qui a plus de chances de gagner. La troisième est que de nombreuses personnes qui votaient pour Le Pen par lassitude de l'alternance droite/gauche mais ne partageaient pas ses idées allaient opter pour Bayrou.

Le score de Bayrou n'est pas non plus très étonnant. Si celui-ci a bénéficié des voix des sympatisants de droite jugeant Nicolas Sarkozy trop extrémiste et de socialistes n'arrivant pas à voir Ségolène Royal comme une femme de gauche, la crainte d'un deuxième tour soit avec Le Pen, soit avec deux candidats de droite a là aussi contraint certains dissidents à entrer dans le rang.

L'issue du second tour dépendra pour une bonne part du report des voix des deux principaux candidats éliminés. J'ai cependant du mal à imaginer l'un ou l'autre appeler explicitement à voter pour un candidat. Bayrou prendrait en effet un gros risque pour son avenir en choisissant un camp alors que toute sa stratégie consiste à clamer qu'il n'appartient à aucun d'eux (ou aux deux. Je ne sais pas, je ne sais plus). Je vois par ailleurs mal Le Pen appeler à voter pour Nicolas Sarkozy, qui a contribué à sa chute en venant chasser sur son territoire de l'immigration, de la sécurité et du nationalisme (à moins bien sûr d'avoir obtenu quelque chose en échange). Les partisans de ces deux ex-candidats seront-ils contraints de penser par eux-mêmes pour savoir pour qui voter ?

Du côté des éliminés, j'imagine que les partis de gauche vont appeler à faire barrage contre Nicolas Sarkozy, à l'exception bien sûr d'Arlette Laguiller, comme d'habitude. Reste à savoir si la consigne sera suivie ou si la tentation de l'abstention sera la plus forte. Je doute en revanche que les chefs de l'association des bénévoles du Puy du Fou et de l'amicale des flingueurs de lapins appellent à voter pour qui que ce soit.

Le second tour s'annonce aussi palpitant qu'angoissant.

Mise à jour :

Sacré Arlette, elle m'étonnera toujours.

Commentaires

Arlette a appellé à voter pour ségolène dès 20h00.

France 24 n'a pas jugé bon de relayer cette information, ainsi qu'une foule d'autres. J'aurais du faire un petit tour sur les news de yahoo avant de poster mon billet :-) .

pffff... de villiers est même pas passé au 2e tour...il va encore avoir un autre usurpateur sur le trône impérial français.....

(ceci est une blague bien-entendu)

Hello Ian !

Tu parles des "socialistes n’arrivant pas à voir Ségolène Royal comme une femme de gauche".

Peut-être faudrait-il également parler des socialistes (et autres) qui "n'arrivent pas à voir Ségolène" TOUT COURT !

Peut-être cela ne se ressent-il pas à Montréal, mais on assiste vis-à-vis de Ségolène Royal à des démonstrations de haine spectaculairerment violentes de la part de certaines personnes (dont je ne fais pas partie). C'est inouï. On sent que c'est épidermique.

Selon mon expérience, ce type de réaction tout à fait épidermiques émanent de femmes.

Question : si c'était Martine Aubry qui s'était présentée, aurait-on eu ça également ?