Café français

  • Posté le : 22/10/2007 - 17:32
  • par : Yann

Jeudi dernier, alors que je m'en allais quérir la pitance que mon entreprise m'autorise à avaler entre deux corrections de bug PHP, je suis tombé sur une soixantaine de personnes faisant du piquetage devant le Second Cup de l'avenue du Parc. Dans un premier temps, j'ai songé qu'elles revendiquaient des muffins plus gros ou du café non transparent, mais j'ai vite compris à leurs pancartes du style "Le français n'est pas négociable." que leur requête était plutôt d'ordre linguistique.

Un collègue québécois s'apprêtant à se joindre aux manifestants a confirmé cette hypothèse en m'expliquant qu'ils protestaient contre la décision de la chaîne de supprimer la mention "Les cafés" qui précède le "Second Cup" sur les enseignes de ses établissements. Le Mouvement Montréal français à l'origine de ce rassemblement sommait l'entreprise d'abandonner cette idée qui selon lui "compromet le visage français de Montréal et s’ajoute à d’autres facteurs d’anglicisation comme le bilinguisme des services publics et l’exigence indue de l’anglais sur le marché du travail."

En suppliciant mes synapses pour savoir si je devais considérer ces militants comme de graves intégristes de la langue française ou des valeureux gardiens de l'exception culturelle, j'ai réalisé que je touchais un point de divergence entre la France et le Québec qui n'avait rien d'un détail. Si une bande d'activistes se réunissait devant un supermarché Leader Price dans mon pays d'origine pour qu'il soit rebaptisé "Meilleur Prix", elle aurait en effet plus de chances de provoquer l'hilarité générale qu'une mobilisation. Bien que la majorité des Français estime qu'il est normal d'exiger que les modes d'emploi ou les emballages des produits soient écrits dans la langue de Mesrine, la plupart semblent considérer en revanche les marques commerciales comme des sortes de noms propres qui peuvent rester dans le patois de leur pays d'origine.

Dans la Belle Province, l'angoisse de se faire assimiler par les voisins anglophones est tellement présente que beaucoup de Québécois refusent de perdre le moindre bout de terrain. La charte de la langue française exige d'ailleurs que le nom des entreprises soit en Français. Il existe certes quelques exceptions, mais aucune ne semble autoriser Second Cup à perdre ses cafés. C'est sans doute en partie pour cette raison que la chaîne a annoncé le jour même de la manifestation qu'elle réviserait sa décision.

Anyway, ça ne bouleversera pas ma vie. Je prends mes capuccinos au café Étoilepiastre.

Commentaires

Les situations françaises et québecoises sont incomparables. Les contextes géographiques, historiques et culturels sont différents. S'exprimer ou juger ce type d'évènement est délicat. Je pense que tes conclusions sont un peu hâtives. Cet acte est loin d'être insignifiant. Il touche à l'identité québécoise complexe, qui depuis plus de 400 ans a su conserver sa langue qui est le principal vecteur de sa culture et sa propre pensée.

Vincent> Merci pour tes lumières. Oserais-je te demander de nous en faire bénéficier à nouveau en indiquant précisément la partie de mon texte où j'ai émis un jugement ou tiré des conclusions ?

Étoilepiastre, c'est excellent! :))

Je comprends cette lutte, aussi. Je suis allé manger des sushis (excellents) au Kanda sushi, sur Maisonneuve. Impossible de se faire servir en français.

J'en tremble d'avance à l'idée que l'on m'oblige à traiter mon mac de "pomme" ;-)

"dans la langue de Mesrine"

J'adore ! ^^

C'est un peu un combat similaire que mène notre bonne vieille académie française en s'évertuant à traduire les nouveaux mots issues des nouvelles technologies vers des versions françaises plutôt risibles... voire des abréviations transformées en mots (CD-ROM devenant cédérom par exemple...)

Bref... même si cela est différent du sujet, on reste dans le domaine de la linguistique... entre respect d'une langue et aberration linguistique.

Benoît> La différence fondamentale est que pas mal de Québécois se sentent concernés par la défense de la langue française tandis qu'en France, tout le monde se fiche des termes techniques proposés par l'Académie à part la FNAC. Sur le même thème : La guerre des francisations

Ian> j'avais cru déceler de ta part quelque ironie. C'est souvent le cas dans les articles de ton blogue. Tes deux lignes à la fin de l'article semblaient servir de conclusion : "pour moi, globalement ce n'est pas grave". Je dois être un "activiste militant intégriste"...

Vincent> On est pas obligé d'avoir un avis sur tous les sujets mais on peut toujours en rire.

Moi aussi j'adore: dans la langue de Mesrine... c'est à se demander comment je connais Mesrine, he he!

Etoilepiastre est pas mal aussi tout comme le Pneu Canadien d'Olivier de Mtl. ;)

Bref; moi qui adore la langue francophone, qui en tant que Québécoise milite avec ferveur pour l'utilisation des termes adéquats; je ne peut qu'être désolée de l'utilisation à outrance des termes anglophones autant en France qu'en Suisse.

Il me semble que c'est le même combat et pour Vincent... je ne vois pas comment ça ne pourrait pas avoir la même importance en France qu'au Québec?

Et quid de "Ma Queue Donald" pour Mc Donald's" ?

Yeah baby, trop cool trop hype !!! Je vais le faire breveter tout de suite...

La bise à tous les inconditionnels de la langue de Sade.

Matsya> Au Québec, il y a déjà le poulet maquereau quéquette.

Il est clair que les québécois sont les farouches défenseurs de la langue française !

Défenseurs du français ! Voulez-vous bien me dire qui appuie la révolution de la langue française. On va tous perdre nos accents !!!!!!! é, ù, ë !
Déjà que je ne les trouve même plus sur mon foutu clavier!

*Rire*
Je comprends le sens de leur manifestation et le pourquoi mais c'est pas un peu extrême ? Ils manifestent pour 3 petits mots insignifiants que je n'avais jamais même remarqués sur l'affiche du "Deuxième Tasse". (En fait, moi je donne des surnoms à toutes les compagnies alors... Second Cup devient donc "Second Crap" et la SAQ devient "Chez Saku Koivu").

Je comprends que si on ne manifeste pas pour 3 mots, les compagnies vont ensuite s'arranger pour en prendre 5, puis 10 et enlever le français complètement sur leurs panneaux mais je ne peux pas m'empecher de trouver ça un peu niaiseux.

L'intégrisme francophone nous a peut-être fait gagner du terrain linguistiquement parlant mais nous a fait perdre énormément de terrain sur notre poids économique et démographique.

Et là dessus, linguistiquement parlant, je vais être d'accord avec mes amis séparatistes, le seul moyen de garder ce poids démographique face à un ROC en croissance économique et démographique sera de devenir indépendant.

Cela nous coûtera la peau des fesses économiquement parlant mais au moins, on pourra se consoler en contemplant notre belle langue française.

Que le dernier parti ferme la lumière...