Nos amis les sociologues (lettre ouverte)

  • Posté le : 17/12/2007 - 18:15
  • par : Yann

Chers messieurs Vilbrod et Papinot,

Je viens de lire sur le site web de Ouest France un article annonçant que vous lanciez une étude sur les jeunes Français qui tentent de s'installer au Québec et rentrent finalement au pays. Je tiens à vous applaudir pour cette initiative qui permettra de mieux comprendre un phénomène encore mal cerné.

Bien que les recherches du démographe québécois Marc Termote aient permis d'estimer que la moitié des immigrés français quittent le Québec dans les huit ans qui suivent leur tentative d'installation, il n'existe en effet aucune statistique sur les motifs de ces retours. Disposer de ces données enrichira considérablement le débat sur une supposée détresse des Français dans la Belle Province qui ne repose aujourd'hui que sur des spéculations.

Afin que votre recherche soit vraiment complète, il me semblerait toutefois judicieux que vous ne vous contentiez pas de récolter en France des témoignages de compatriotes qui sont rentrés du Québec, mais que vous traversiez également l'Atlantique afin de rencontrer ceux qui y sont installés depuis des années et n'ont pas l'intention de s'en aller. Savoir ce qui peut retenir un Français au Québec est en effet selon moi aussi important que les raisons qui le font partir. Il me paraît par ailleurs indispensable de comparer le taux de retour et les motifs qui conduisent les Français à quitter le Québec avec ceux qui les poussent à abandonner d'autres pays où ils tentent de s'installer. Selon mon expérience, l'immigration comporte en effet à elle seule suffisamment d'obstacles (mal du pays, éloignement de la famille, difficulté d'adaptation au milieu) pour qu'on abandonne, quel que soit le pays d'accueil.

Si je me permets d'évoquer ces quelques points au risque de me faire passer pour un petit prétentieux qui apprend leur métier aux sociologues, c'est que certaines citations de l'article de Ouest France telles que "Certes, les relations sont « relâchées » au travail, mais il faut des mois avant d'être invité à manger chez un Québécois de souche." me font craindre que vous ayez tiré des conclusions de votre étude alors qu'elle vient à peine de commencer. Je trouverais par ailleurs dommage que le discours virulent de certains immigrés déçus abondamment relayé par une presse en manque de sujets vous fasse oublier qu'il existe beaucoup de Français heureux au Québec. Afin de contrebalancer le discours négatif d'une partie de leurs compatriotes, certains ont même créé sur le site de réseau social Facebook un groupe nommé "Les Français heureux au Québec ça existe !" (inscription requise) qui ne cesse de grandir.

En dépit de mes angoisses sûrement irrationnelles, je fais totalement confiance à votre rigueur scientifique, et je vous souhaite sincèrement bonne chance dans vos recherches dont j'attendrai les résultats avec impatience.

Je vous prie d'agréer, Messieurs, l'expression de mes sincères salutations.

PS : j'ai publié une copie de ce courriel sur mon blog http://www.mauditfrancais.com/. J'ai créé ce dernier en août 2000 lorsque je suis parti pour un an en programme d'échange étudiant à l'Université de Montréal dans le cadre de mes études à Paris VIII. Je l'ai repris en septembre 2006 à l'occasion de mon immigration au Québec, qui pour le moment se passe très bien.

Commentaires

Bonjour,

Merci de votre message et de vos encouragements. Vous savez sans doute que lorsque l'on fait une conférence de presse, on ne contrôle que modérément les propos qui nous serons attribués ensuite dans l'article..., ni d'ailleurs la date de publication! Celui a été publié presque deux mois après la conférence de presse, alors même que les doctorants québécois qui devaient réaliser une bonne partie de ces entrevues en France étaient déjà retournés chez eux!

La recherche comporte évidemment une phase d'enquête au Québec... et j'y suis actuellement pour ça. Deux de nos étudiantes iront également en février, etc. L'article n'évoque bien sûr qu'un petit aspect de la recherche. Si vous êtes d'accord pour témoigner de votre expérience migratoire au Québec, c'est bien volontiers qu'on l'intégrerait dans nos données d'enquête.

Cordialement

Christian Papinot

Papinot> Merci pour votre réponse. Je constate que certains groupes de presse québécois et français partagent les même méthodes de travail :-) . Je suis bien sûr à votre disposition si vous souhaitez recueillir mon témoignage.