Guide pour être un maudit téteux

  • Posté le : 24/12/2013 - 14:23
  • par : Yann

L’édition montréalaise du journal Métro a publié hier un article à l’attention de mes compatriotes immigrant au Québec, intitulé « Guide pour éviter d’être un “maudit Français” ». Ce papier a été pour moi une révélation. Jusqu’ici, je pensais que c’était les gens qui utilisent sérieusement cette insulte qui devaient changer d’attitude. J’ai hâte de lire d’autres articles sur ce modèle, comme « Guide pour éviter d’être une “grenouille” », pour les Français qui s’installent en Angleterre, ou « Guide pour éviter d’être un “toubab” », pour ceux qui immigrent en Afrique.

L’auteure de ce texte nous explique que l’intégration des immigrés français au Québec est « plus ou moins facile » et que les Québécois « peuvent parfois leur reprocher d’être arrogants ou donneurs de leçons » (en gras : les euphémismes prouvant qu’elle ne croit pas en son propre sujet). Elle pose ensuite l’angoissante question : « Mais comment éviter de devenir ce “maudit Français” ? » Une préoccupation à laquelle peut heureusement répondre le journaliste et immigré français Philippe Renault, qui passait dans le coin, et avait justement un livre à nous vendre sur le sujet. Ce dernier nous donne quatre conseils miracles qui pousseront les Québécois les plus obtus à vous bénir au lieu de vous maudire.

Dans « Saisir les règles du jeu au bureau », Philippe nous explique qu’il ne faut pas s’étonner de n’avoir que deux semaines de vacances par an, ou d’avoir une pause lunch très courte. C’est bien connu, les Québécois détestent les congés. S’ils le pouvaient ils paieraient pour avoir le droit de travailler encore plus. Ne les offensez pas en leur disant que vous aimez avoir du temps pour vous. Il pointe également le doigt sur la plus grande frustration des expatriés dans la Belle Province : « Les Français ont l’habitude de saluer tous leurs collègues matin et soir, alors qu’ici, on ne le fait qu’à la première journée de travail. » Il a 100 % raison. C’est le pire problème de l’immigrant. Moi-même, je pousse tous les soirs dans mon lit des cris de fouine dépressive en repensant à ce choc culturel. Et surtout, ne vous avisez pas de draguer au bureau. Sauter la nouvelle secrétaire dans les toilettes du deuxième est certes bien vu dans la patrie de Dominique Strauss-Kahn, mais peu tolérée de ce côté de l’Atlantique. Nous devons impérativement mettre de côté les instincts de french violeur qui coulent naturellement dans nos veines.

Dans « Éviter les comparaisons », Philou conseille aux Français de mieux préparer leur arrivée. Ils devraient « écouter les médias québécois, s’intéresser à la politique et à l’histoire d’ici, comprendre les règles de base du hockey. » Parce que ça vous sera d’un grand secours de savoir ce qu’est un « slap shot », quand vous apprendrez qu’un ordre professionnel québécois vous interdit de travailler dans votre branche. Il conclut cette section par un superbe paradoxe : « Concentrons-nous sur les similitudes et évitons les comparaisons ».

Dans « Aller au-delà du Plateau », Fifi nous apprend qu’il ne faut pas vivre sur le Plateau. OK. Un point pour toi.

Et le must : dans « Ne pas (trop) se plaindre de l’hiver », Phil nous explique que se plaindre de l’hiver, « alimente l’image hautaine des Français ». Vous avez bien lu : pour ne pas passer pour un Français hautain, vous devez vous abstenir de faire ce que les Québécois font six mois par an.

C’est vraiment très intéressant, mais j’ajouterais un cinquième conseil pour ne pas vous faire traiter de maudit Français : fréquentez des gens ouverts d’esprit qui ne jugent pas les gens sur leur nationalité. Et si par malchance, une connaissance vous balance cette insulte à la face dans un autre but que vous taquiner, vous avez le droit de l’envoyer poliment chier.

Commentaires

À croire que celui qui a écrit cet article vit dans une autre dimension au Québec, toujours aussi perspicace et incisif....Merci, on ne s'en lasse pas !

Ouf, je ne suis pas la seule a trouver cet article complètement inepte. Je vis au Québec depuis 6 ans et je ne connais toujours pas les règles du hockey. Je salue régulièrement mes collègues au bureau et ça semble leur faire bien plaisir. Et je ne drague pas spécialement car casée, mais je vous assure que certains collègues québécois ne s'en privent pas :)

Pour moi c'est typiquement l'article qui alimente les préjugés en voulant les détruire.

Bravo Yann.
Les donneurs de leçons ne sont pas toujours ceux qu'on croit.

Imaginerait-on un article en France titré :
Guide pour éviter d'être "un mauvais (ou autre adjectif) arabe" ?

Amicalement,

Un français de France.

Allo, Je suis surpris de la tonalité du billet ; il me semblait que tu voyais l'intégration comme une démarche pro-active lorsqu'il y a quelques années, j'avais lu ça sur ton blog : http://www.mauditfrancais.com/2007/09/03/comment-rater-a-100-son-immigra...

En en inverant l'ironie ;) ça m'a beaucoup aidé à ne pas tomber dans les écueils classiques de l'interculturel.
Être un maudit têteux pour un arrivant, c'est aussi une démarche d'humilité et d'observation bénéfique il me semble. Cette phase un peu surjouée passée, le "naturel" revient mais en s'exprimant dans le bon "mode" culturel, sans les équivoques.

JPhi : Je suis content que mon vieux billet ait pu t’aider lors de ton installation au Québec. Il ne me semble pas en contradiction avec le présent texte. On peut être humble et essayer de comprendre sa culture d’accueil, tout en n’appréciant pas de se faire traiter de maudit Français, ou qu’on véhicule des stéréotypes sur son pays d’origine. C'est une question de dosage. Plusieurs points de l’article de Métro sont par ailleurs totalement à côté de la plaque. En passant, j’ai eu l’occasion d’en discuter avec Philippe Renault, l'auteur du fameux guide. Il était un peu frustré que la journaliste ait mal rapporté ses propos en les caricaturant.

Ok, je comprends. C'est plus la forme carricaturale et les stereotypes que le fond que tu voulais épingler. J'aurais du me douter en voyant que ça fittait pas avec les autres billets. :)

Je n'ai pas lu cet article. Mais mes voyages et visites a des amis français expatriés un peu partout (Asie, Amérique et Europe ) m'a appris que les français (en général) ont bcp de mal à s'adapter à leurs pays d'accueils. Disons qu'ils cherchent d'autres français et créer un réseau de français, ce qui crée une mini France... Les points relevés dans cet article ne m'en semble ni la cause ni l'effet. Mais ces vrai, mes cher amis français, pk quitter la France si c'est pour rester entre vous ???

Sans compter les Français qui réagissent à un article qu’ils n’ont pas lu.

Je croyais qu'on pouvait également réagir aux thématiques relevées dans vos billets....

Désolé pour la réaction épidermique, mais le point de mon billet était de dénoncer les idées reçues sur les Français qui ne veulent pas s'intégrer, et vous êtes en plein dedans. Il y a de nombreux Français expatriés qui aimeraient créer des liens avec les natifs de leur pays d'accueil, mais ce n'est pas si simple. Quand on arrive dans un nouveau pays, il est souvent plus facile de se faire des amis expatriés que locaux. Ce n'est pas propre aux Français. J'ai abordé le sujet dans ce billet : http://www.mauditfrancais.com/node/393.

Je comprend votre point de vue. Je voulais seulement soulignée qu'il n'y a pas qu'au Québec que les français font preuve d'un grand communautarisme. Je suis québécoise et expatriée en Europe depuis maintenant 7 ans. Je n'ai pas d'amis québécois ici. Non pas que je renis mes origines ou mes compatriotes, je n'en ai simplement pas rencontrer ou rechercher. Il n'y a pas non plus d'association de québécois ou de canadien a Paris (que je sache). Pourtant, il m'arrive d'aller manger une Poutine au Moose bar, d'entendre d'autres canadiens... Les italiens et les grecs aussi sont très communautaristes (entre autres). Mais je constate que lorsque je suis allée au Cambodge, chez un ami français, on m'a presenter que... Des français. Il n'y a pourtant pas que des français expatrier au Cambodge ! Idem lorsque j'ai étudié en Angleterre (séjour linguistique) les français dans mon école restaient entre eux. A noter que mes meilleurs amis sont français, que je connais bcp de français au Québec bien intégré... Je ne fais pars ici que d'un constat.

Bonjour,
Je ne suis pas d'accord, les québécois prennent plus de vacances, il les open n'entend non payées et les arrêts maladies sont très fréquents!