Quand Libération tombe d'accord avec Sarkozy

  • Posté le : 14/02/2010 - 17:33
  • par : Yann

Il y a quelques jours, j'ai été intrigué par un billet de blog de Libération titré "Le Québec affiche son goût pour la diversité en France". La journaliste, Catherine Coroller, y raconte que le gouvernement de la Belle Province distribue devant la gare Montparnasse, à Paris, la brochure "Vous avez une place au Québec" dont le but est de recruter des immigrants francophones.

Manifestement subjuguée par le fait que deux des trois individus présents sur la photo de couverture semblent ne pas avoir d'origines gauloises, l'auteure se réjouit de cette "image souriante d'un pays accueillant", et souligne à quel point l'ouverture du Québec contraste avec la fermeture de la France qui "sépare deux jumelles marocaines, l'une ayant été expulsée ce matin, tandis que l'autre réussissait à échapper à l'arrestation".

J'ai sûrement un très mauvais esprit, mais lorsque je lis ce genre de comparaison, j'ai le réflexe d'en vérifier concrètement la pertinence. Je me suis donc amusé à remplir le formulaire d'"Évaluation préliminaire d'immigration" pour la jeune Marocaine qui a échappé à l'arrestation, au cas où elle voudrait s'installer au Québec. Pour ce faire, j'ai utilisé les informations livrées par les médias et inventé les éléments qui me manquaient en essayant de privilégier un peu la candidate.

Mauvaise nouvelle. Même avec une expression française avancée, un niveau d'anglais intermédiaire et en faisant sa demande de France, une femme de 18 ans qui n'a aucun diplôme et pas d'expérience professionnelle ne semble pas répondre aux critères de sélection du Québec. Si elle arrive à échapper à la police suffisamment longtemps pour finir son contrat d'apprentissage en restauration, la jeune Marocaine a en revanche ses chances, pour peu qu'elle réussisse à réunir les quelques milliers d'euros nécessaires pour les frais provinciaux et fédéraux, la visite médicale et le montant minimum d'installation. Un détail.

Bien sûr, il existe également un programme d'immigration pour les réfugiés, mais je doute que les résidants français puissent en bénéficier. Selon les accords Canada-Québec sur l'immigration, c'est d'ailleurs le fédéral et non le provincial qui détermine qui peut bénéficier de ce statut. Comme pour bon nombre de ses collègues français, cette nuance semble certes échapper à la journaliste, puisqu'elle confond les ministères de l'immigration canadien et québécois.

Bref, Catherine Coroller n'a visiblement pas compris que la campagne du Québec ne vise pas en priorité à accueillir les minorités opprimées en France, mais à recruter des personnes susceptibles de participer à l'économie de la Belle Province. Cette dernière ne fait finalement qu'appliquer la politique d'immigration choisie si chère à Nicolas Sarkozy et à laquelle, il me semble, la gauche dont se réclame Libération est farouchement opposée.

C'est le problème quand on récupère le moindre évènement pour servir une cause politique sans se documenter. On s'expose à soutenir le camp adverse sans s'en rendre compte.

Commentaires

Bonjour,

Je suis votre blog et je me demandais si vous pourriez accueillir des rédacteurs invités, j'aimerais apporter ma pierre à l'édifice...

Bien cordialement

Lisa Tremblay

"la campagne du Québec ne vise pas en priorité à accueillir les minorités opprimées en France, mais à recruter des personnes susceptibles de participer à l'économie de la Belle Province"

Mouiais, c'est pas faux mais...
Kiss T.

Mais encore ? :-)

Les québécois ont compris une chose c'est que les francais ne veulent pas de leur francais d'origine étrangère diplômés donc il les récupère. Ils prennent le potentiel là où ils le voient. Car ces jeunes diplômés africains et asiatiques sont au chomage en France, c'est du pur gâchis !

Ce n'est pas pareil que la politique de l'immigration choisie de Sarkozy qui est une volonté d'affaiblir encore plus l'Afrique en la dépouillant de ces "cerveaux".

La le Québec veut prendre des gens qui ont du potentiel et dont la France ne veut pas car pour des entreprises françaises il est très difficile pour elles de nommer un noir ou un arabe cadre.

En même temps, à Montréal, les maghrébins diplômés travaillent au future shop sur Sainte-Catherine...

Je suis d'accord avec Mox Folder, je suis du Québec, et depuis quelques temps, mes amis français me racontent ces tentatives désespérés du gouvernement du Québec d'aller chercher de la main-d'œuvre français, lorsqu'on sait qu'il y en a du travail au Québec, mais pas beaucoup. J'ai beaucoup d'amis français qu'ils ont beaucoup de misère à travailler dans leurs domaines.

Ça dépend énormément du domaine dans lequel on cherche du travail. Les professions régies par des ordres sont les plus difficiles. Beaucoup sont très protectionnistes et font tout pour mettre les bâtons dans les roues des nouveaux arrivants. C'est pourquoi il est très important de se renseigner sur la profession que l'on souhaite exercer avant d'entamer les démarches d'immigration.