L'alevaropédie, ce mal méconnu

  • Posté le : 25/03/2010 - 18:17
  • par : Yann

En vivant au Québec, j'ai découvert l'existence d'une affection pénible avec laquelle de nombreux Montréalais sont obligés de composer au quotidien : l'alevaropédie.

Du préfixe grec "a" qui marque la négation et des mots latins "levare" et "pedis" qui signifient respectivement "lever" et "pied", l'alevaropédie désigne la difficulté ou l'incapacité totale d'un individu à décoller ses pieds du sol lorsqu'il est en position assise.

Bien qu'elle puisse paraître anodine, cette pathologie a des conséquences néfastes sur la vie professionnelle des personnes qui en sont atteintes. Leur inaptitude à actionner la pédale d'une grosse caisse ou d'une charleston leur ferme par exemple à jamais la profession de batteur. Leur vie affective en subit également de fâcheuses conséquences. Il leur est en effet impossible d'attirer l'attention de l'être convoité en lui faisant du pied à table sans risquer de lui coincer les orteils sous leur semelle.

Mais c'est sans aucun doute au volant que l'alevaropédie s'avère le plus problématique. Lorqu'un automobiliste touché par ce mal tourne à une intersection alors qu'un piéton traverse la rue où il veut s'engager, il se voit dans l'incapacité de lever complètement le pied de l'accélérateur. Sa voiture continue par conséquent à avancer inexorablement en direction du quidam qui se sent obligé de presser le pas vers le trottoir d'en face de peur de se faire renverser.

Les quelques désagréments et frustrations vécus par les gens atteints d'alevaropédie sont sans commune mesure avec le stress et l'irritation qu'elle provoque chez les milliers de Montréalais qui manquent chaque jour de passer sous leurs roues. Bien qu'elle soit moins grave que la piétocécité qui frappe de nombreux automobilistes parisiens, il est urgent que les pouvoirs publics s'y intéressent enfin. La municipalité de Montréal pourrait par exemple lancer une campagne d'information spécialement ciblée vers ces malades plutôt que de se limiter à expliquer aux piétons qu'il faut traverser à la lumière blanche.

Faute de volonté politique, trop de questions restent en suspend concernant cette pathologie. Pour quelle raison se manifeste-t-elle chez l'automobiliste uniquement quand c'est un piéton qu'ils risquent de percuter et non une voiture ? Est-elle attribuable à une surconsommation de poutine ou de viande fumée ? Comment réagissent les personnes qui en sont affectées quand elles se trouvent dans la position du piéton ? La seule conclusion à laquelle sont arrivés les rares chercheurs qui se sont penchés sur l'alevaropédie est que ses manifestations peuvent dépendre de stimuli extérieurs. Des études en laboratoire ont ainsi démontré que le rayage de carrosserie, l'usage d'invectives ou l'administration de poing dans la gueule était susceptible de réduire sensiblement les symptômes.

Partisan d'une certaine éthique médicale, je rechigne à appliquer ce traitement radical sur les malades sans leur consentement. Néanmoins, je ne suis pas sûr de pouvoir me retenir encore longtemps.

Commentaires

Si la poutine et la viande fumée doivent être citées au rang des présumés responsables de cette épidémie, je crains qu'il faille y ajouter la célebre pizza italienne, qui alimente les Fangio de tout poil, aux alentours du Colisée ou du Circus Maximus. Un récit (fastidieux, que je n'entamerai pas ici) de mon dernier voyage a Rome en témoignerait.
Les rouleaux impériaux de Pékin, aux dires de natifs de l'endroit, semblent aussi avoir des effets secondaires similaires, même sur des sujets a bicyclette.
Et que dire de l'huile d'olive crétoise, qui bloque non seulement les isichios et autres molets en position "acceleratus maximus", mais déclenche aussi une sorte d'euphorie virant a la témérité chez certains chauffeurs de taxi qui, dans des séries interminables de virages aussi serrés qu'aveugles, serpentant entre des montagnes escarpées d'un côté et des précipices a pic de l'autre, décident d'inventer une voie supplémentaire au milieu de la route. Oui, c'est du vécu.
Par contre, le Coca-cola et les hamburgers semblent bien avoir l'effet inverse, puisque mes quelques excursions annuelles dans leur pays d'origine m'ont chaque fois démontré avec quelle aisance, que certains appellent (ignorantus ignoranta ignorantum) "courtoisie", les consommateurs de ces aliments salutaires étaient capables de lever le pied a la simple vue d'un piéton faisant mine de traverser.

Cela dit, avec le brassage culturel qui regne au Québec, je m'interroge: si la pizza, l'huile d'olive et les rouleaux impériaux font probablement autant partie de la vie Québécoise que la poutine et la viande fumée, il reste que le Coca-cola et les hamburgers y occupent aussi, comme partout ailleurs dans le monde hélas, une place de choix. L'effet de ces derniers n'est-il pas encore assez fort? Et dans le même registre: la consommation de pizza aux États-Unis est-elle en baisse? Les parisiens mangent-ils de la pizza pékinoise a la viande fumée, arrosée d'huile d'olive et accompagnée d'une bonne poutine bien garnie?

Une conclusion semble néanmoins s'imposer: "Avant l'auto, passe chez McDo'!"

Merci pour ces précieuses données épidémiologiques. À la vue de ces dernières, je crains que la lutte contre l'alevaropédie soit malheureusement en conflit avec celle contre les maladies cardiovasculaires. Espérons que la science trouvera une solution à ce dilemme.

Salut Ian !

Merci d'avoir mis mon petit blog dans ton "à découvrir", c'est très apprécié :)

Très belle écriture. Au plaisir de continuer de te lire!

Certains thérapeutes songent que le meilleur moyen de traiter cette pathologie est de soigner le mal par le mal et d'offrir un substitut aux patients atteints par ce mal http://ecoville.e.c.pic.centerblog.net/y58t3kpt.jpg