SOS amitié

  • Posté le : 24/06/2010 - 19:32
  • par : Yann

Comme tous les immigrants, les Français qui viennent s'installer au Québec sont souvent obligés de reconstruire leur réseau social à partir de zéro. Je n'évoque pas ici l'obsession de certaines de mes connaissances de remplir leur carnet d'adresse d'individus susceptibles d'accélérer leur ascension sociale et leur visibilité professionnelle, mais bien du besoin de trouver des amis avec qui l'on peut aller boire une bière sans avoir à se cogner sept heures d'avion.

Je suis conscient d'avoir été particulièrement chanceux dans ce domaine. Malgré ma personnalité asociale à mi-chemin entre Gaston Lagaffe et Hannibal Lecter, j'ai réussi à tisser des liens suffisamment forts lors de mon programme d'échange universitaire pour qu'il en reste quelque chose à mon retour comme immigrant. Depuis, j'ai sympathisé avec de nombreuses autres personnes, et j'ai aujourd'hui suffisamment d'amis au Québec pour boire plus de bières que mon foie ne saurait tolérer.

Bien que la plupart des immigrants français que j'ai pu croiser aient également une vie sociale bien remplie, j'en ai plusieurs fois entendus se plaindre de ne pas avoir d'amis québécois. Je suis toujours surpris par cette affirmation. Selon mon lexique, un Québécois est en effet une personne qui vit au Québec. Il est donc inévitable qu'une partie des personnes avec qui ces expatriés font la bringue réponde à ce critère, à moins qu'ils se limitent à fréquenter des touristes et des bons joueurs de hockey.

En mettant de côté ma fausse naïveté irritante, il m'est certes facile d'admettre qu'ils regrettent surtout de ne pas compter parmi leurs intimes des natifs québécois, voire des Québécois des souche, pour reprendre l'expression pittoresque des bûcherons. Bien que ma feinte innocence pénible me pousserait à mettre en doute l'utilité de fixer des quotas ethniques pour ses propres amis, je comprends en partie cette déception. Il peut être difficile pour un immigré de se sentir intégré dans un pays s'il n'arrive à se faire que des compatriotes comme amis. Les plus paranoïaques ressentent cette situation comme un rejet de leur personne. Les plus masochistes culpabilisent de leur incapacité à s'ouvrir aux autres cultures, tel le vacancier qui quitte son hôtel à Djerba après une semaine de séjour sans avoir parlé à d'autres Tunisiens que le serveur du bar.

Je trouve néanmoins qu'il est erroné d'en conclure que les Québécois sont racistes (ou du moins, plus racistes que les Français). Le communautarisme est un des travers les plus fréquents de la nature humaine et il n'est pas nécessaire de changer de pays pour en constater les effets. Lorsque j'ai quitté la ville de Blois, que j'ai transfigurée en y passant mon enfance, afin de continuer mes études à Paris, j'ai eu énormément de mal à me lier avec des natifs franciliens. La plupart de mes amis étaient blésois comme moi, rémois ou poyaudins. Seules mes techniques de chasse ancestrales m'ont permis d'apprivoiser quelques Beauvillésois, Garennois et Bellifontains farouches à force de longues années d'embuscade.

Les immigrants français qui se sentent comme des parias parce qu'ils n'ont pas d'amis pure laine semblent par ailleurs ignorer qu'ils interagissent au quotidien avec des dizaines d'entre eux, que ce soit en travaillant avec une collègue montréalaise, en commandant un sandwich à un vendeur originaire d'Abitibi ou en bénéficiant des services d'une danseuse de Sainte Hyacinthe. Et surtout, je n'arrive pas à comprendre l'attitude consistant à refuser à tout prix de se mêler à des compatriotes ou à d'autres expatriés, comme si cela augmentait la probabilité de se faire des amis québécois. En plus d'être inefficace, c'est sans doute la meilleure méthode pour ne pas avoir d'amis du tout.

Commentaires

Ce n'est pas plus facile de se faire des amis français/parisiens en étant québécois ... les seuls amis français que j'aie ce sont ceux que je fréquente grâce à mon conjoint :)

Bonjour nous sommes francais et nous souhaitons correspondre avec des canadiens. Connaissez vous des site de discussion. Merci

Déjà, dire naïvement "canadien" comme ça est une erreur. Ici, c'est un terme lourdement chargé d'histoire et de géopolitique !

@Cynthia : Est-ce que c'est plus facile avec d'autres expatriés ?

Oui les seules personnes avec qui j'ai sympathisé à l'école sont d'autres expatriés :)

Entièrement d'accord. On me demande parfois si je me suis fait des amis québecois et il m'est arrivé d'entendre dénigrer ceux qui côtoyaient leurs concitoyens ici. Quand on est expatriée et qu'on travaille chez soi en indépendant comme moi, le plus difficile c'est de se faire des amis tout court car on côtoie peu de monde, alors en l'occurrence ça m'est bien égal que mes connaissances et amis soient pure laine, français, etc.

Pour reprendre la métaphore animale, je dirais qu'il est plus facile de se faire ami avec d'autres personnes "étrangères" au milieu qu'avec les locaux, pour la simple et bonne raison que ces derniers ont souvent leurs référents culturels établis (et différents des nôtres) et leurs réseaux sociaux solidement ancrés.

Rien ne vaut un bon milieu universitaire, sportif ou ludique pour créer des liens parce qu'alors nous partageons déjà un point commun (le champ d'étude,le Taekwondo ou la poterie). J'ai beaucoup d'amis québécois et français, issus de réseaux différents, mais je n'ai jamais pensé à en préférer un par rapport à l'autre. La bière, c'est international! ^-^

je trouve qu'en ne "voyant" que des français, on s'enferme. Une fois le reseau créer, on n'a plus d'énérgie (et sans doute, plus d'envie) d'aller vers l'autre qui a une culture differente.

Francky : C'est possible. Heureusement, personne ici n'a conseillé de faire une telle chose.

PS : Bien essayé pour le spam. Tu y arriveras peut-être la prochaine fois.

C'est tout simplement n'importe quoi !
Je ne pense pas que les québécois soient plus racistes que les autres, c'est tout simplement comme ça ! S'intégrer ne se résume pas à fréquenter les "locaux" c'est débile ! Nous vivons en Espagne et nous ne fréquentons pas d'espagnols pourtant la famille de mon marido est d'ici ! Ça ne fait pas de nous des extraterrestres ! C'est une question d’affinité et on n’a pas forcement la même ! Nos amis sont des gens avec qui on a quelque chose à partager et sont indifféremment italiens, argentins, anglais ou espagnols … Ce phénomène n’est pas typique du Québec mais de l’immigration … Kiss T.

Bonjour!

Je pense que le principal problème des Français (et de tout autre immigrant) qui vivent seulement entre eux, c'est qu'ils passent à côté d'un tas de choses de leur nouvelle terre d'accueil et qu'ils risquent d'entretenir certaines formes de "préjugés" entre eux.

Je suis Québécoise et mon chum est Français. Il voit tout de suite le Français qui a l'habitude d'avoir des amis Québécois de celui qui n'a que des amis Français. Ce dernier va généralement être resté sur son idée de départ, exemple "le vin est dégueux au Québec!", alors que l'autre dira plutôt "les bières des microbrasseries du Québec sont très bonnes!" Ce sont peut-être deux vérités, mais au lieu de rester sur une pensée négative, elle deviendra constructive!

C'est un peu comme si moi (qui adore les bières) j'allais en France me plaindre aux Français pour leur dire combien ils ne l'ont pas l'affaire niveau bière! Dommage pour moi, car je passe à côté d'excellents vins!

Le Français qui vit en ghetto continuera à voir toute la France qu'il ne retrouve plus au Québec, alors que le Français ayant un entourage plus québécois verra tout ce que le Québec peut lui apporter.

Enfin, je suis une Québécoise comblée d'être avec un Français, cela dit en passant! ;)

Que ce soit bien clair. L'objet de mon billet n'est pas d'encourager les expatriés français à fréquenter uniquement des Français, mais de montrer que s'interdire de fréquenter des Français n'est d'aucune utilité pour se faire des amis québécois. Cela peut même avoir l'effet inverse. Une bonne partie de mes amis québécois m'ont été présentés par des Français déjà installés. Je n'exclue pas qu'une petite minorité de Français vivant au Québec refuse de se mêler à la population locale, mais à mon humble avis, cette situation est le plus souvent subie que choisie.

Moi je trouve ça assez ridicule >> ceux et celles qui s'imaginent que le monde ne se divisent qu'en 2 catégories :

- les français qui cherchent à s'intégrer au milieu québécois

- les français qui cherchent uniquement la compagnie d'autres français.

Je suis le premier à m'insurger contre le prix exorbitant du vin, ici à Québec, et de celui des BD japonaises plus communément appelées "manga", ou encore du nombre de publicités dont on nous abreuve à la Tv, ainsi que de la répétitivité de leurs émissions qui me font préférer la VOD (vidéo à la demande). Cela ne m'empêche en rien d'aller chez Ashton quand l'envie m'en prend pour satisfaire un de mes caprices.

Je ne me suis pas fait plus (ou moins) d'amis ici en 3 ans que ce que je m'en suis fait en France en 25.. . Si j'avais dû m'arrêter à cela, j'aurais peut-être rejoint le % de français qui retourne à la mère patrie en dedans des 5 premières années.

Un petit pincement au coeur en songeant à ma famille... , bien sûr. Mais le mal du pays, certainement pas. Et pourtant, je me sens bien plus "français", plus patriote, et plus intéressé surtout, en dehors de la France dans un milieu québécois que dans une France dont le visage change peu à peu, au gré des flux migratoires et des édifices religieux qu'on y érige.

Ce n'est pas pour autant qu'on me verra supporter une équipe de foot (/de soccer, appelez-le comme vous voudrez), ou le 15 de France.

Français, québécois, peu importe. C'est les affinités qui comptent... ... , et le contexte également.

(Je n'irai pas saluer une famille de touristes français qui a pris le même bus que moi, juste pour souligner que nous sommes de même nationalité, alors que je m'en vais travailler. De même, je ne m'attends pas à ce qu'un québécois vienne me saluer parce que je suis un maudit français.)

Je resterai tel que je suis : fidèle à moi même.

Bien je ne sais pas, j'ai toujours eu des amis Français et parfois d'autres origines! Wow...et j'ai des amies québécoises mariées à des Français...je pense que c'est assez mélangé, qu'il y a des deux. Les Français qui préfèrent se retrouver entre eux. J'ai un ami Français qui est sorti avec des Québécoises et ça n'a jamais fonctionné, il a fini par marier une Française qui étudiait ici comme lui avait fait! C'est peut-être plus une question d'avoir des vécus similaires...mais il y a quand même une association de Français ici, très active, et ne me dite pas que c'est pour mieux socialiser avec les Québécois! ;) Alors, je ne crois pas que ça vienne seulement des Québécois. Si un Français installé ici se plaint de ne pas avoir d'amis québécois, c'est peut-être parce qu'il n'a pas vraiment essayé de s'en faire non plus.

N'oubliez pas que nous, les « allophones » (qui, d'ailleurs, constituons près d'une moitié de la population de l'île tout en éprouvant des problèmes avec les « natifs » mentionnés ci-dessus), nous aimons bien les Français ! Dommage qu'il n'y en ait pas davantage. Faites-vous donc un ami(e) mexicain(e), polonais(e), cubain(e), russe, voire américain(e)...

tres bon billet très bien écrit je viens de débaruer je ne connais personne et je trouve très pertinent de dire que c'est con de mettre des quotas ethniques dans ses amis c'est débile. Qu'est ce qu'un ami canadien va t'apporter de plus qu'un ami colombier surtout qu'en france t'en croisera pas des colombiens alors qu'au québéc si !!!
le fait que Montréal soit une ville cosmopolite plus que Paris est UNE CHANCE

Bonsoir Yann, je ne peut me retenir de répondre à ce billet, car il m'interpelle pas mal. ;-) Ma vision des choses sur ce sujet est la suivante : les relations d'amitié sont des relations personnelle. Je crois qu'il faudrait répéter cette phrase 50 fois : une relation d'amitié est une relation personnelle. lol

Et là est tout le hic. Lorsqu'un Québécois débarque en France, ou à l'inverse, un Français fait de même au Québec, il a très souvent dans la tête l'idée qui tourne de "se faire des amis de l'autre culture". Mais une telle idée ne peut pas marcher, ça ne fait même pas de sens ! On ne se fait pas ami avec une culture, on se fait ami avec un individu. Moi, Québécois de souche, je peux très bien me découvrir des affinités innombrables avec un Français de Troufignon-les-Oies ou avec un pur Zinglishe venant, que sais-je, Bradford-upon-Thames. Et du même coup, je peux très bien me découvrir une infinité de sujets de répulsion avec un Québécois parfaitement pure-laine qui habite sur la rue à côté de la mienne, ici à Montréal.

Surtout de nos jours, les mentalités et les façons de penser s'internationalisent de plus en plus, et nous nous dirigeons probablement à la vitesse Grand V vers une culture mondiale uniforme, du moins dans les pays dits "industriels développés", alors...

Une relation d'amitié est une relation personnelle ! :-) L'obsession pour les cultures nationales dans tout ça, ça ne vient qu'embrouiller les choses et mettre des grillages qui entravent le mouvement vers la prise de connaissance de l'autre en tant qu'individu.

Très intéressant ton blog, bravo !

Luc

Luc : Je suis entièrement d'accord. Merci pour ton commentaire :-).

J'ai eu ce réflexe d'éviter mes compatriotes au début (il y a 12 ans moi aussi). Pour finalement me rendre compte récemment que si je voulais pas n'avoir que des "connaissances", il me fallait accepter que je suis Français et que j'ai à la base plus d'affinités avec un compatriote expatrié qu'avec un québécois, et c'est normal.
J'ai remarqué aussi que quand le courant passe avec un(e) québécoise, 9 fois sur 10 cette personne s'avère avoir un parent ou un grand-parent français... : )

Depuis bien des années, je reproche aux citoyens d’origine française qui vivent à Montréal d’être ghetto. Pour des raisons de connaissances, de cultures et de rangs sociaux auxquels aucun Québécois ne s’arrête vous vous tenez la plupart du temps qu’entre vous.

J’ai des amis français parce que je partage la vie montréalaise avec un colocataire.

J’ai déjà eu 3 colocataires français avec lesquels je suis restée amie.
Je les adore, ils sont de jeunes voyageurs avec une très grande écoute et ouverture d’esprit envers les autres qu’ils côtoient et ils ont toujours une tonne de beaux périples de voyage à me raconter.

Je vous invite à ne pas trop vous en faire.
Quand vous n’êtes pas timides, que vous n’avez pas peur de notre accent et de notre manière rapide à l’anglaise de parler, quand vous voulez vraiment en avoir des amis québécois; je sais que cela vous est possible.

À vous de le CRÉER !!!

Les Québécois, nous sommes reconnus pour être accueillants et chaleureux.

Certains d’entre nous ne vous jugerons pas tant qu’ils n’auront pas vraiment découvert qui vous êtes de cœur, d’âme et d’esprit.

Vivez un merveilleux printemps !
Ici, l’effervescence du printemps ne passe jamais inaperçue. ;-)

ColibrÈve

Bonjour eve, merci d'avoir repondu. Si nous avons voulu garder contact avec ce tres beau pays, c' est parce que nous sommes venus en vacances, deux semaines a Montreal, en Mars 2011. Et du coup, nous sommes tomber amoureux de ce pays et de la gentillesse des Canadiens. Et pour le fait nous avons decide de venir y habiter. C'est pour cela, que nus voulions des infos, mon copain boulanger patissier a des craintes pour trouver un job. Alors si tu veux nous repondre nous serions ravi de garder le contact. Saches que nous avons prevu de quitter le France en Aout 2013. Merci d'avance. Salut.

Merci pour ce billet qui m'ôte d'un doute.
Je suis aussi victime d'un entourage qui dit "Pas facile de se lier avec les Québécois".
Ne croyant que ce que je vois et étant tout de même un peu sceptique devant des commentaires qui feraient des Québécois des personnages peu sympathiques, j'ai atterrit ici (En passant par quelques blogs assez virulents à ma grande surprise). Je suis bien rassurée sur le fait que chez vous, pas plus, mais pas moins non plus, on peut se faire des amis (Si soi même on n'est pas asocial).
J'ai aussi lu le poste parlant des différences de culture et pour avoir fait de nombreux séjours aux Etats-Unis et passé quelques semaines au Quebec j'ai dans l'idée que même si nous n'avons que la langue en commun, les Québécois ont une culture plus proche de la notre que les américains. Qu'en pensez-vous ?

@Claire : J’ai souvent entendu dire que les Québécois n’étaient pas des Français qui vivaient en Amérique, mais des Américains qui parlent français. Selon moi, c’est difficile de trancher. Ça dépend beaucoup de l’aspect qu’on observe. La culture dont les Québécois sont les plus proches, c’est la culture québécoise ;-).

@Thomas Pourrais-tu expliquer au naïf que je suis à qui s’adresse cette remarque, et pour quelle raison?