La révolte des moumounes

  • Posté le : 26/05/2012 - 16:07
  • par : Yann

Depuis que je vis au Québec, j’ai lu de nombreux articles de journaux et messages de forums dans lesquels les gens se plaignaient que leurs compatriotes soient des moumounes. Cette expression désigne une personne craintive et faible. On pourrait traduire cela par « mauviette » ou même « tapette » en français de France. Très souvent, j’ai vu des personnes l’utiliser pour dénoncer l’apathie de la majorité de la population lorsque le gouvernement québécois prend des mesures impopulaires ou se trouve une énième fois trempé dans des affaires de corruption.

Depuis que ce dernier a fait voter la loi 78, je constate que les Québécois ne sont pas si moumounes qu’on voudrait nous le faire croire. Il faut en effet du courage pour manifester spontanément dans la rue malgré l’interdiction, au risque de se voir confronté à une amende salée ou une répression poivrée. Je suis impressionné de voir de plus en plus de citoyens participer aux marches nocturnes ou aux manifestations de casseroles dans les rues de Montréal, alors que nous sommes inondés chaque jour d’images de brutalités policières totalement gratuites.

Si je devais qualifier quelqu’un de moumoune (en mettant de côté l’aspect homophobe de cette expression qui me déplait fortement), ce serait plutôt les gens terrifiés par la liberté, qui trouvent toujours le moyen de justifier que des manifestants pacifiques se fassent cogner dessus. Bien que je sois personnellement opposé à la hausse des frais de scolarité, je comprends que des gens puissent y être indifférents, ou même favorables. Je comprends aussi que l’on soit tanné que ce sujet envahisse les médias depuis plus de cent jours, ou de se retrouver régulièrement pris dans les embouteillages à cause des manifestations.

Mais penser que ces désagréments justifient qu’une personne se fasse défoncer le crâne, pour avoir défendu ses convictions ou tout simplement avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, c’est pour moi une forme inquiétante de masochisme. Car quand on accepte ce genre d’attitude antidémocratique d’un gouvernement pour les autres, on l’accepte aussi implicitement pour soi-même à plus ou moins longue échéance.

Avoir peur du mouvement étudiant à cause des casseurs alors qu’ils constituent une infime minorité des manifestants ;

suspecter les gens de vouloir instaurer une dictature communiste dès qu’ils demandent un tout petit peu plus de justice sociale ;

vouloir toujours rester du bon côté de la matraque quitte à se faire dépouiller de ses droits fondamentaux.

Ça, c’est vraiment moumoune.

Commentaires

Ce qui me dégoûte le plus c'est les commentaires parfois très violents et dépourvus d'humanité que l'on peut lire sur les sites d'information ... ça fait froid dans le dos de se dire que des gens comme ça se baladent dans les rues.

J'espère surtout que le SPVM va faire une longue introspection quand le mouvement de grève sera terminé ...

Cynthia : Entièrement d'accord. Ça relativise un peu le discours sur le pacifisme des Québécois ;-).

Pour avoir vécu ici toute ma vie, je n'ai jamais perçu de lien entre l'homosexualité et "moumoune". Tapette est une moins bonne traduction que "mauviette". Moumoune suggère juste la faiblesse, la mollesse.

@thomas" Moumoune", comme "tapette" ou "mauviette", est un mot à connotation féminine qui a pour but de mettre en doute la virilité de sa cible, et souvent, son hétérosexualité. Il est rare que l'on traite une femme de moumoune.