Ma cérémonie de citoyenneté

  • Posté le : 05/12/2013 - 18:17
  • par : Yann

Résumé des épisodes précédents : Après avoir survécu aux formulaires administratifs et au questionnaire de connaissances sur son pays d’accueil, notre héros doit affronter une ultime épreuve avant de pouvoir crier « I am a Canadian » : la cérémonie de citoyenneté.

C’est le 8 mai 2013 que je devais faire preuve de légèreté envers mes principes républicains en jurant allégeance à la reine d’Angleterre. Une personne plus sensible que moi aux symboles nationaux aurait sans doute passé la nuit à se demander si elle mérite cet honneur. Moi, ma principale angoisse était : « Que va-t-il se passer si les responsables de l’immigration remarquent que je ne connais que les quatre premières notes de l’hymne canadien ? »

L’évènement se déroulait au Centre communautaire hellénique de Montréal, dans le quartier Côte-des-Neiges. Les choses ont mis du temps à démarrer car nous étions plusieurs centaines d’immigrants promouvable (oui ce mot existe) à la citoyenneté, présentant une diversité ethnique propre à faire tourner de l’œil à un apôtre de la Charte des valeurs.

Avant le début de la cérémonie, nous devions passer chacun devant un agent, chargé de vérifier nos documents et de nous remettre une flopée de goodies digne de l’Apple Expo 1996 : une brochure sur les valeurs canadiennes accompagnée d’un magnifique poster des différentes provinces, une épinglette en forme de feuille d’érable et un petit drapeau canadien. On nous a même donné un formulaire nous octroyant un accès gratuit pendant un an aux parcs nationaux et musées canadiens, histoire d’aggraver le déficit causé par les coupures des subventions fédérales.

Nous nous sommes ensuite assis à nos places attitrées pour attendre l’arrivée de la juge de la citoyenneté qui tenait office de maitre de cérémonie. Celle-ci est arrivée avec tellement de solennité que j’ai cru un instant que c’est Elisabeth en personne qui allait nous remettre notre citoyenneté. Mais le plus frappant, c’est qu’elle portait un hijab (calme-toi, je plaisante).

La juge a prononcé un discours d’accueil chaleureux, en alternant régulièrement entre l’anglais et le français. Bizarrement, elle ne disait pas la même chose dans les deux langues, ce qui rendait des parties de son discours aussi inaccessible aux personnes non bilingues qu’une interview de Jean-Claude Van Damme. On nous a ensuite demandé de lever nos fesses et notre main droite pour prêter le serment de citoyenneté. Nous avions la possibilité de jurer sur l’ouvrage sacré de notre choix, mais j’avais malheureusement oublié le « Journal d’un vieux dégueulasse » de Bukowski à la maison.

Un agent de l’immigration a lu une par une les lignes du serment, que nous devions répéter après lui. Nous avions le choix de prononcer la version française ou anglaise ; ou les deux. Je me suis contenté de la première, moitié pour des raisons politiques, et moitié par honte de mon accent dans la langue de Shakespeare. Les agents avaient insisté sur l’importance de vraiment prononcer le serment, et plusieurs d’entre eux se déplaçaient même dans les rangées pour repérer les tricheurs. Par curiosité, j’ai failli tester leur capacité à détecter les gens qui se contentent de remuer les lèvres, mais je me suis dégonflé.

Le moment tant redouté de la chanson est ensuite arrivé. Un enregistrement de « Ô Canada », provenant probablement d’un gramophone, a retenti, et nous avons chanté dans une cacophonie tellement atroce que j’ai craint que le spectre du compositeur revienne du royaume des morts pour nous hanter. Les agents nous ont enfin appelés un à un pour nous remettre notre certificat, avec une absence de vérification d’identité décevante par rapport à tout ce que nous avions subi auparavant.

Je mentirais en disant que cette expérience a fait vibrer tous les poils de mon corps d’une intense ferveur patriotique, mais je suis heureux d’être définitivement chez moi au Canada, et plus précisément au Québec. C’est un grand soulagement de cocher deux affaires dans ma check-list : devenir citoyen canadien, et finir ce maudit billet sur la cérémonie qui traîne depuis des mois.

Commentaires

Est-ce que écrire plus souvent est aussi sur la check list ? ;)

En tout cas félicitations pour ta nouvelle nationalité.

Cynthia m'a complètement ôté les mots de la bouche ;-)

Félicitations!