Comment en finir avec l’abstention au Québec

  • Posté le : 12/12/2013 - 12:02
  • par : Yann

Grâce à ma citoyenneté toute fraîche, j’ai pu voter pour la première fois de ma vie aux élections municipales du Québec, le 3 novembre dernier. Nous avons été seulement 50 % de citoyens à braver l’air du dehors pour nous rendre aux urnes, contre respectivement 66,54 % et 65,20 % au premier et au second tour des élections municipales françaises de 2008. Les médias ont eu beau se réjouir que ces 50 % représentent une augmentation par rapport au dernier scrutin municipal, ça reste la question de la démocratie à moitié morte ou à moitié vivante.

En observant l’absence de cérémonial du scrutin, j’avoue que je ne suis pas surpris par ce mauvais résultat. Voter au Québec est une expérience aussi exaltante qu’une partie de Monopoly avec un altermondialiste. La Belle Province gagnerait clairement à s’inspirer du processus électoral de la France plutôt que de sa gestion du voile islamique.

Aux élections françaises, on commence par prendre sur une table une douzaine de bulletins, un par candidat. C’est plus facile d’être concerné par son devoir électoral quand on pense à tous les arbres qui sont morts pour qu’on ait le droit de vote. Aux élections québécoises, on ne nous donne que deux bulletins : un pour le maire de la ville, et un pour le maire du district (arrondissement). On doit noircir sur chacun d’eux la case correspondant au candidat que l’on souhaite élire. C’est plus écologique, mais c’est plus cheap.

En France, les électeurs disposent d’authentiques isoloirs avec des rideaux leur permettant de choisir leur candidat à l’abri des regards indiscrets. Une précaution certes inutile, puisque même les Français ayant des opinions politiques abjectes les avouent pour peu qu’on les marine. Au Québec, on doit se contenter d’un paravent en carton posé sur une table trop basse, qui oblige à se casser le dos pour apposer sa marque. C’est pratique pour les électeurs en fauteuil roulant, mais c’est une flagrante discrimination envers ceux qui marchent debout. Pourtant, ce ne sont pas les vrais isoloirs qui manquent. J’en ai vus dans une taverne de sensibilisation à l’anatomie féminine.

En France, l’urne est une boîte en Plexiglas transparent super design, avec une petite manette qui en commande l’ouverture. Au Québec, l’urne, comme l’isoloir, est carton. Ils doivent vouloir soutenir l’industrie locale de la pâte à papier. Je vois pas d’autre explication.

En France, quand on arrive devant l’urne avec le bulletin de vote, il y a tout un protocole : un premier assesseur prend la carte d’électeur et la carte d’identité du citoyen. Le citoyen place sa petite enveloppe à l’entrée de l’urne encore fermée. Le premier assesseur scande le numéro de l’électeur. Le deuxième assesseur vérifie le numéro dans la liste d’émargement et confirme que l’électeur est inscrit et a le droit de voter. Le préposé à l’urne actionne la manette pour l’ouvrir et laisser tomber le bulletin. Il crie : « a voté ! », et l’électeur signe la liste d’émargement, fier du devoir accompli. Au Québec, un assesseur détache le talon de chacun des bulletins. L’électeur les glisse un à un dans la même urne. L’assesseur dit « bonne soirée », et l’électeur rentre chez lui regarder la Poule à la TV.

Avec une telle absence de pompe, il n’est pas étonnant que les Québécois boudent les urnes. Quand on sera accueilli dans les bureaux de vote de la province avec un tapis rouge bordée de choristes chantant du Carmina Burana, que l’assesseur s’adressera à nous en nous appelant « sa magnificence citoyenne » et qu’un feu d’artifice partira à chaque fois qu’un électeur dépose un bulletin dans l’urne, on aura fait un grand pas pour revaloriser l’acte électoral et relancer la fréquentation des bureaux de vote québécois. Il ne restera plus qu’à régler ces petits détails de corruption et d’absence de vision des candidats.

Commentaires

J'avoue que je suis très contente de ne pas avoir le droit de voter au Canada ni en France, ça m'empêche de m'abstenir face à des candidats pour lesquels on n'a pas envie de voter.

Pour être honnête, j'ai plus voter contre que pour. :-)