Jeudi dernier est un jour à marquer d'une pierre blanche. J'ai enfin réussi à m'arracher du centre de Montréal avec Aline et Florence. Nous sommes en effet aller faire un tour au bois de Liesse, situé au nord-ouest de l'île. Bien qu'il ne soit pas très grand, ce parc est un sympathique coin de verdure qui nous a permis de respirer un peu. Au début, nous souhaitions profiter de la neige en faisant une balade en raquettes ou en ski de fond. Malheureusement, tout ces accessoires avaient déjà été réservés depuis longtemps par une bande de jeunes ayant l'idée saugrenue d'avoir leur semaine de relâche en même temps que la nôtre. Nous nous sommes donc contentés d'une promenade à pied. C'est toujours agréable de se souvenir à quoi ressemble une forêt lorsque l'on a l'habitude de vivre à la ville. Les grands arbres dépouillés de leurs feuilles et l'épaisse couche de neige ne pouvaient que réveiller en moi le côté romantique que certaines me reprochent. Devant une telle abondance de matière première, nous avons d'ailleurs tous les trois décidé de construire un bonhomme de neige sur le bord du chemin. Ce travail d'équipe fut tout à fait satisfaisant, tant nous avions le souci du détail. Les brindilles qui nous avions récupérées alentour ont parfaitement convenu à la création du nez, des yeux, des sourcils et des cheveux. Nous n'avions bien sûr pas oublié d'ajouter bras et pieds à notre créature, et à lui octroyer un nombril.
Je dois dire que nous étions assez fiers du résultat. L'axe du corps et de la tête de notre bonhomme était un peu décalé, mais cela pouvait tout à fait passer pour un déhanchement sur le beat de "ice ice baby". La poitrine opulente de la statue assurant que nous avions affaire à une femme, Aline suggéra de la baptiser Maïté. Nous avons ensuite poursuivi notre périple, nous arrêtant dans un petit chalet pour prendre un chocolat chaud devant un bon feu.
Une macabre découverte nous attendait sur le chemin du retour. Nous avons en effet découvert avec effroi la dépouille à peine reconnaissable de notre nouvelle amie, massacrée à coup de raquettes dans la tronche durant notre absence. Ces mêmes raquettes que nous n'avions pu obtenir et qui s'étaient avérées des armes redoutables aux pieds de la gang des écraseurs de bonhomme de neige. Une telle fin était malheureusement inéluctable. Adieu, Maïté, tu nous manqueras. Il nous reste la photo que nous avions prise de toi, seul vestige de ta trop courte vie.
Le soir, en rentrant chez moi, une jeune fille ne m'avait pas rappelé et un scientologue m'avait à nouveau écrit.