Mickael, un ami de Paris est arrivé vendredi à Montréal. Il est ici en vacances et je l'hébergerai chez moi durant une dizaine de jours. Sans vouloir jouer le garçon blasé, celà me fait bizarre de le voir s'étonner des mêmes choses que moi il y a déjà presque sept mois. Tous ces petits éléments de la vie quotidienne qui à eux seuls contribuent au dépaysement total de l'expatrié. Je pourrai en citer des tonnes rien que pour le magasinage : les prix systèmatiquement affichés sans les taxes dans les boutiques, le pourboire à verser aux serveurs des restaurants et aux chauffeurs de taxi, les vendeurs des magasins qui s'adressent aux clients tantôt en Anglais, tantôt en Français, les employés chargés de mettre les courses dans les sacs en plastique...
En y réfléchissant, je me rends compte que je suis passé par trois états d'esprit différents depuis mon arrivée dans ce pays. Les quelques premières semaines qui ont suivies mon atterrissage à Dorval, la question principale que je me posais était "Qu'est-ce que je fous ici ?" La recherche d'un logement, les mille démarches à effectuer et le changement de milieu m'avaient en effet légèrement perturbé, et je doutais énormément. À cette difficile période d'adaptation a succédé la phase "Carpe diem". J'ai en effet réussi à trouver mes repères et j'ai fait la connaissance d'une foule de gens chaleureux avec qui j'ai passé d'agréables moments.
Depuis, quelques jours, et c'est là que les choses se compliquent, je me demande : "Est-ce que je rentre à Paris ?"
Bien sûr, je m'étais déjà posé cette question auparavant, mais je pensais au fond de moi que rester plus longtemps au Québec serait assez délicat pour de nombreuses raisons matérielles : mon diplôme ne sera pas complet à la fin de l'année et je n'ai aucune idée de comment je pourrais gagner ma vie ici. A présent, je commence réellement à réfléchir à des solutions concrètes. Peut-être pourrais-je essayer de trouver un travail et finir ma licence par correspondance, ou même m'inscrire en programme régulier. Je n'ai aucune idée des conditions à remplir pour avoir un permis de travail, mais je peux me renseigner.
Je ne compte pas m'attarder à nouveau ce soir sur les mille choses qui m'attachent au Québec ni sur l'instant trop fugace qui a servi de déclencheur à cette réflexion. Je n'ai d'ailleurs pour l'instant pris aucune décision et l'idée de l'angoisse que pourrait provoquer la lecture de ces lignes chez certains de mes proches devrait me dissuader de les publier. Mais bon, j'écris un journal, non ?
A part ça, à Paris, il paraît qu'ils ont voté.