Maudit Français

Incisive and multiculturel since année 2000
Le 2 avril 2001 - 1h12

Ecoute comme je jase

Lors du repas de vendredi dernier, j'étais assis à côté de deux Françaises qui utilisaient avec insistance du vocabulaire et des tournures de phrase typiquement québécois à chaque fois qu'elles ouvraient la bouche. Ca en devenait presque énervant.

Attention, je ne suis pas du tout en train de critiquer la manière dont les habitants de la Belle Province s'expriment. J'ai sûrement moi-même perdu un peu mon accent Parisien depuis que je suis ici, et je m'amuse souvent à distiller dans ces chroniques quelques expressions typiques du Français canadien que j'ai trouvées agréables à entendre, et que j'utilise aussi spontanément à l'oral. Ce que je supportais difficilement, c'était l'application avec laquelle elles choisissaient chacun de leurs mots pour faire couleur locale, ce qui donnait à leur conversation un manque total de naturel. Bien sûr, c'est vraisemblablement plus par désir de dépaysement que par snobisme que ces demoiselles ajoutaient des "tu" à la fin de chacune de leurs phrases interrogatives, ou parlaient plus volontiers de leur foulard que de leur écharpe. Mais je trouve que cette attitude témoigne d'une profonde maladresse vis à vis des Québécois d'origine. Si un Montréalais se mettait à me parler systématiquement en verlan au bout de deux semaines passées à Paris, je me demanderais immédiatemment s'il ne se fiche pas un peu de ma tronche.

En outre, j'ai l'impression que les formules qu'utilisaient mes camarades, et qu'elles avaient dû consciencieusement relever dans un guide touristique quelconque, n'étaient pas toujours fidèles à la réalité. Par exemple, il me semble qu'un Québécois qui souhaite manifester son agacement dira "j'ai mon voyage", pas "j'EN ai mon voyage" (Je me trompe peut-être, et je compte sur le vigilant lecteur pour confirmer ou contredire cette affirmation).

Les choses se sont sérieusement gâtées lorsqu'une de ces demoiselles a commencé à vouloir m'expliquer le Québec. Elle me racontait avec conviction qu'il fallait absolument que je goûte le sirop d'érable parce que c'était une spécialité locale, élément qui ne m'avait pas échappé malgré mon caractère distrait.

Alors forcément, quand j'ai appris que ces deux jeunes filles n'étaient ici que depuis le mois de janvier, j'étais crampé.

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