Maudit Français

Incisive and multiculturel since année 2000
Le 10 avril 2001 - 23h48

Ego trip

Je regrette un peu d'avoir parlé à mes amis et dans ce journal de mon idée de rester éventuellement au Québec. Depuis, je sens une pression s'exercer sur moi. Comme si mon retour en France ou mon installation à Montréal constituaient le noeud de l'intrigue, le suspens qui devrait tenir le lecteur en haleine jusqu'à la dernière minute. Je ne peux toutefois pas en vouloir à Mélanie et Cécile de me demander régulièrement si j'ai pris une décision. Je suis touché qu'elles aient envie que je reste, et je sais qu'elles me manqueront quand je retournerai en France.

Si je n'ai pas mis la phrase ci-dessus au conditionnel, c'est que mes chances de rester ici me semblent assez minces. J'aurai sûrement des matières à repasser pour obtenir ma licence. Et achever mes études au Québec me paraît très compliqué, aussi bien au niveau financier que des équivalences que je devrais obtenir. En outre, je me dis qu'il faut prendre les problèmes dans l'ordre et que la recherche d'un emploi implique de savoir quel métier on souhaite exercer, ce qui reste pour moi encore bien flou, même si je sais que mes activités seront vraisemblablement en rapport avec le journalisme ou l'informatique, ou les deux, idéalement.

Bref, peut-être est-il préférable que je retourne en France fin juin comme prévu pour règler une fois pour toutes les affaires universitaires et une partie de mes questions existentielles, quitte à repartir lorsque j'aurai l'esprit plus clair. C'est sûrement mieux que de rester ici sur un coup de tête et d'être obligé de rentrer au bout de trois mois complètement cassé. J'essaye cependant de garder un peu d'espoir. Peut-être arriverai-je à cartonner aux examens et à négocier avec mon université d'origine. Mais c'est peu probable.

Ce qui me fait peur, c'est que les gens puissent me coller l'étiquette "loser" en pensant que je ne suis pas allé au bout de mes rêves. J'ai beau détester qu'on me dise ce que je dois faire, je suis très sensible au regard des autres, et les critiques me blessent facilement. Il serait dommage que je rentre en France avec une sensation d'échec. J'ai réussi à passer l'hiver, j'ai rencontré pleins de gens intéressants, et j'ai écris un journal.

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