L’infâme déménage

  • Posté le : 29/10/2006 - 19:12
  • par : Yann

Les déménageurs sont enfin passés mercredi dernier pour nous livrer les affaires que nous avions envoyées de la France. Pour accomplir cette mission, nous avions opté pour une société visiblement très prisée des expatriés français au Canada, et dont le site web accueille les visiteurs par une annonce vocale ressemblant à un message de répondeur téléphonique. Je ne me doutais pas que ce choix allait nous conduire à vivre une folle aventure, dont je ne résiste pas à la tentation de raconter tous les rebondissements.Mon premier contact avec la société de déménagement, que nous appellerons G par commodité, remonte au dimanche 9 juillet 2006. Après avoir récupéré sur Internet les coordonnées de plusieurs loueurs de bras musclés à l'aide de mon ami Google, je demande par l'intermédiaire de leurs sites web respectifs un devis pour envoyer deux mètres cube de cartons de l'autre côté de l'Atlantique. Le 10 juillet, je reçois un mail de la société G m'informant des tarifs et des conditions qu'elle est à même de me proposer. Devant l'absence de nouvelles de la concurrence, et à la vue des prix relativement alléchants qui me sont proposés, j'envoie un message le mercredi 12 pour les informer que j'approuve le devis et que l'enlèvement doit avoir lieu avant le 30 août, qui est la date à laquelle nous devons rendre notre appartement parisien. Mon contact dans la société, que nous appellerons JM afin de préserver son anonymat mais pas trop, m'envoie le lendemain un nouveau message m'indiquant qu'il a bien noté mon accord et qu'il reviendra bientôt vers moi pour me proposer une date. En l'absence de nouvelles, je me décide finalement à l'appeler le 17. JM ne pouvant pas encore me donner de date exacte, nous nous mettons au moins d'accord pour que celle-ci soit comprise entre le 15 et le 29 août. Mon interlocuteur me demande de confirmer tout ceci par mail, ce que je m'empresse de faire. Il s'ensuit un silence radio total de plusieurs semaines durant lesquelles j'attends angoissé que l'on me recontacte pour me fournir le jour précis de l'enlèvement. La désinvolture dont à fait preuve mon correspondant à chaque coup de téléphone me pousse même à redouter que mon dossier ait été oublié sous une pile d'autres demandes. N'y tenant plus, je téléphone finalement à la société le 10 août. JM pense se souvenir de moi : "Ah oui, vous c'est pour un déménagement Montréal-Paris, c'est ça ?". Après avoir pris une bonne bouffée d'air pour ne pas m'évanouir, je lui dit que c'est le contraire, et il finit par retrouver ses notes. Nous convenons que les déménageurs viennent le 24 août, mais il ne peut pas encore me dire à quel moment de la journée. Sachant pertinemment qu'il ne m'appellera pas pour clarifier les choses, je lui passe ce que je pense être un ultime coup de fil le 23 août pour qu'il me dise à quelle heure arriveront ses collègues le lendemain. Il me répond qu'ils se présenteront dans la matinée. Io et moi étant particulièrement en retard dans nos préparatifs, nous nous lançons alors dans une course éperdue pour préparer les derniers cartons, qui s'achève à 4h du matin. Epuisés, nous nous effondrons sur notre lit chéri pour profiter d'une bonne nuit de trois heures de sommeil. Ne sachant pas quand les déménageurs viendront exactement, nous nous levons à 7h30 pour avoir le temps de nous préparer et être frais et dispos pour les accueillir à 8h. Le terme "frais et dispos" devrait peut-être se voir remplacé par "cliniquement vivants", car la fatigue des dernières semaines ajoutée à notre quasi-nuit blanche fait de nous des candidats idéaux pour le casting de "La revanche des zombies insomniaques". Une, deux, puis trois heures passent sans que personne ne daigne titiller notre interphone. J'appelle donc à nouveau notre ami JM qui m'annonce que ses camarades ont été retardés et qu'ils arriveront en fin de matinée. Etant donné qu'il est déjà presque 11h, je me dis qu'il ne faut pas attendre nos déménageurs avant 14h. C'est sans doute faire preuve d'un optimisme un peu démesuré, puisqu'il n'y a toujours personne chez nous après cette échéance. Les heures qui suivent se déroulent alors selon le cycle suivant :

  1. j'appelle JM pour l'informer que les déménageurs ne sont toujours pas là
  2. il me répond qu'il me rappelle dans x minutes pour me dire où en est la situation
  3. Au bout de x minutes écoulées, je n'ai aucune nouvelle
  4. revenir au point 1

Petit à petit, l'angoisse et la tension montent. Je m'imagine déjà être obligé de repousser la restitution de l'appartement, et même notre départ pour le Québec, tout ça parce que j'ai fait un peu trop confiance à une bande de déménageurs désordonnés. Quand, au bout de plusieurs appels, je me plains à mon interlocuteur que tout ceci n'est pas très sérieux, il s'emporte en m'expliquant que ce n'est pas de sa faute si des clients qui nous précèdent dans le parcours de ses collègues ne savent pas mesurer le volume de leurs affaires. C'est sans doute de la mienne. Plus tard, il tente de se débarrasser de moi en me disant que les déménageurs sont en train de l'appeler sur une autre ligne et qu'il me recontactera dans dix minutes dès qu'il leur aura parlé. Quand je rappelle trente minutes plus tard (car il ne m'a bien sûr toujours pas donné signe de vie), il me dit qu'il est en train d'essayer de les joindre. "C'est curieux, lui réponds-je. Vous m'aviez dit qu'ils étaient en train de vous appeler". Conscient que j'ai saisi la feinte, JM n'essaye nullement de se justifier et se contente d'un vague grommellement m'indiquant qu'il me téléphonera plus tard. C'est la panique. Je commence à regarder sur le net si une autre entreprise n'est pas à même de nous dépanner dans le délai très restreint qui nous est accordé. Je réfléchis à une solution de stockage alternative qui nous permettrait de vider les lieux et d'organiser un départ plus tard. Aucune de ces hypothèses ne semble toutefois applicable. La tension est à son comble autour de 17h quand JM me demande si ça me dérange si les déménageurs passent plutôt le lendemain. Je lui réponds que ça ne me pose pas de problème, à condition qu'il ne me rejoue pas le même scénario qu'aujourd'hui, ce qui l'offusque. Finalement, il m'annonce vers 18h que ses collègues viendront prendre nos affaires à 19h. Malgré notre scepticisme, on sonne enfin chez nous à l'heure prévue. Deux déménageurs, l'un me rappelant le dessinateur Fournier en plus jeune et plus trapu, et l'autre semblant connecté directement aux extra-terrestres, se présentent enfin à notre porte. L'enlèvement proprement dit dure à peine une demi-heure. Une fois cette opération terminée, je suis obligé de calculer moi-même le montant du chèque que je dois leur faire à partir des informations génériques qu'on m'a transmises auparavant, car il n'en ont aucune idée. Trop gentil ou pas assez rancunier, je m'abstiens de faire malencontreusement une erreur en ma faveur. Alors qu'ils s'apprêtent à quitter les lieux, je leur donne à chacun un billet de 20 euros en guise pourboire. Juste avant de sortir, le médiateur interstellaire fait allusion à un camarade resté en bas de l'immeuble pour garder le camion, ce qui ressemble à une tentative de m'extorquer un troisième billet. Je me contente de lui ouvrir la porte avec le sourire niais du gars qui n'a pas compris, et prie très fort intérieurement pour que nos affaires arrivent intactes à destination. Curieusement, les choses se sont beaucoup mieux passées pour la livraison au Québec. j'ai obtenu un rendez-vous pour seulement deux jours après mon appel, et les déménageurs étaient là une heure plus tôt que prévu. J'en conclus que la personne qui gère les dossiers de ce côté ci de l'Atlantique est un peu plus sérieuse et moins désorganisée que son homologue en France. Cela ne rattrape toutefois pas complètement les sueurs froides que nous avons eues pour la première partie du déménagement. Je ne pense pas que je recommanderai cette société à mes amis, à moins qu'ils aient 35 ans d'expérience en méditation zen ou de conséquentes réserves de tranquillisants.

Commentaires

Je me disais bien que vous aviez une mauvaise mine cet été ;-) C'est bon à savoir tout ça !!

Salut Yann, J'imagine que tu avais comparé les devis, peux-tu me donner une idée des tarifs par mail. PS : nous arriverons normalement en janvier ... A + et bonne installation.

Je reconnais ce qui m'est arrivé en juin... je te rassure, tout est bien arrivé à bon port. Pas du tout en temps et en heure, mais en bon état. Je n'ai pas filé un centime de pourboire aux déménageurs. Faut pas pousser. Sinon, c'est vrai que ce n'est pas cher. Positivons! :)

Tout à l'air en bon état aussi de mon côté. J'espère que je n'aurai pas de mauvaises surprises plus tard :-) .

Bonjour les clichés sur les déménageurs!!!!!

Loïc> Tu parles de quels clichés ?

Et encore t'as eu de la chance: pour le même trajet quelques mois plus tôt, on a pris Terrapaq... on a quitté la France le 7 avril et le 1er mai on avait notre appart montréalais; nos meubles, vêtements, livres, ordinateur, bref toutes nos affaires sont arrivées la 1e semaine de septembre par contre, après qu'on nous ait redemandé de l'argent en plus, pour l'entreposage (ben ils avaient qu'à nous les faire parvenir plus tôt peut-être ?!).
Je me permets donc de les citer afin que d'autres ne se fassent pas également arnaquer par eux (j'ai trouvé trace de plusieurs Américains qui ont exactement le même problème de plusieurs mois d'attente).