Maudit Français

Incisive and multiculturel since année 2000
Le 19 novembre 2006 - 1h28

PourQCuoi ?

Il est fréquent que des Québécois demandent aux immigrés français pour quelle raison ils ont décidé de s'installer dans le Belle Province.

Cette question est assez pertinente, car à part le chanteur Raphaël, nous ne sommes globalement victimes d'aucune persécution dans notre pays d'origine. Les mangeurs de grenouilles ne viennent pas au Québec pour fuir la répression, la guerre ou la famine, comme c'est malheureusement le cas pour de nombreux réfugiés, mais par choix. Quels motifs peuvent bien pousser une personne à quitter un pays industrialisé à l'économie florissante pour un pays industrialisé à l'économie florissante avec des hivers à -30 degrés ? Ne pouvant pas parler au nom de tous mes compatriotes, je me contenterai d'aborder très narcissiquement mon cas personnel.

J'ai séjourné au Québec pour la première fois d'août 2000 à juin 2001 dans le cadre d'un programme d'échange étudiant. A l'époque, j'éprouvais le besoin de changer de décor, et l'expatriation me semblait un excellent moyen d'atteindre ce but. Opter pour le Québec me permettait à la fois de vivre un dépaysement total (je n'avais jamais mis les pieds en Amérique du Nord) et de suivre mes cours en Français (mon niveau oral en anglais et en espagnol planant à peu près au niveau d'une campagne électorale présidentielle française).

Comme en témoignent les nombreux billets que j'ai écrits tout au long de mon séjour, l'expérience s'est avérée très positive. J'ai même envisagé de rester plus longtemps, mais quelques bas motifs universitaires et légaux m'ont contraint à retourner vivre en France.

Au fil des mois, je me suis rendu compte que Montréal me manquait. J'y suis donc retourné en vacances avec Io en juillet 2003, dans le but de lui faire découvrir ce lieu qui m'avait séduit et voir si elle se sentait prête à y vivre. Son enthousiasme m'a presque fait peur, car elle avait déjà envie d'immigrer au bout de deux jours sur place. Les années qui ont suivi nous ont cependant permis de bien réfléchir à cette décision et à ne pas partir sur un coup de tête.

Pour résumer, on pourrait dire que j'ai décidé de m'installer au Québec simplement parce j'y suis allé une première fois presque par hasard et que je m'y suis plu. Je n'ai jamais rêvé d'un monde idéal où je pourrais courir l'ours et l'orignal au milieu de la neige, ni de devenir millionnaire en fondant ma start-up. Je ne pense pas non plus avoir fui la France.

Lorsque je me promène dans les rues de Montréal sans avoir besoin d'éviter les crottes de chien, que je prends les transports en commun sans craindre de me faire invectiver ou marcher dessus, ou que j'entre dans un magasin où les vendeurs me saluent avec le sourire, il m'arrive en revanche de penser que j'ai peut-être fui Paris.

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