Entremetteurs

  • Posté le : 21/12/2006 - 15:27
  • par : Yann

Dès qu'une personne annonce son installation prochaine dans une nouvelle ville ou un nouveau pays, ses proches ressentent l'irrésistible envie de lui faire rencontrer une ou plusieurs de leurs connaissances ayant établi leurs pénates au même endroit. Qu'il s'agisse de l'arrière petit cousin par alliance de l'ex-femme de leur concierge, d'un mémorable partenaire de bridge extrême ou d'une ancienne proie levée après une nuit de combat et 5 tequilas frappées, ils ne peuvent supporter l'idée que l'on vive à moins de 10 km d'une de leurs relations sans lui rendre visite.

Les personnes correctement intégrées dans la société et dénuées de toute misanthropie apprécient vraisemblablement le privilège de disposer ainsi d'un carnet d'adresses bien rempli avant même d'avoir posé un orteil dans leur nouvelle contrée. Chez un névropathe dans mon style, cela génère toutefois exactement le contraire de l'effet escompté. Je souffre en effet d'une timidité maladive qui me conduit à repousser plusieurs fois le moment où je dois appeler un ami au téléphone, même si je le connais depuis dix ans. Parcourir la liste de tous les numéros de téléphone que l'on m'a donnés pour que je joigne des personnes à qui je n'ai strictement rien à dire me plonge dans une angoisse difficilement descriptible.

Je me demande par ailleurs si le fait que des personnes habitent dans la même ville que moi et connaissent les même personnes justifie que je les contacte. J'ai beaucoup d'amis à Paris, et aucun n'a jamais jugé nécessaire de me présenter toute sa famille et toutes ses relations, un carnet dans une main et un crayon dans l'autre pour cocher chaque nom. Si j'ai sympathisé avec le beau-frère de l'un ou l'ex de l'autre, c'est parce que nous nous sommes rencontrés au hasard d'une soirée, ce qui a le mérite d'être plus spontané et moins artificiel. Si le courant ne passait pas, je pouvais en outre écourter la conversation en prétextant l'urgence d'aller chercher un nouveau verre de sangria. Pour moi, appeler quelqu'un, c'est déjà s'impliquer dans une relation.

Bien sûr, j'imagine que les gens qui me donnent ainsi l'annuaire de leurs connaissances au Québec s'inquiètent de me savoir dans un pays lointain où je pourrais me sentir seul. Je peux dans ce cas les rassurer en disant que j'ai déjà beaucoup d'amis à Montréal. Je culpabilise déjà de tarder à appeler certains d'entre eux. Il est inutile d'en ajouter. J'ai d'ailleurs décrété ce soir que je pouvais m'abstenir d'appeler les gens à qui je n'ai jamais parlé afin et de consacrer l'énergie épargnée à recontacter les gens à qui je parle trop peu.

Je suis sans doute un peu ingrat, car cette manie de mettre les gens en relation a beaucoup de bons côtés. Si mon ami Antoine ne m'avait pas fourni les coordonnées de Cécile lorsque je suis venu à Montréal pour la première fois, le début de mon séjour aurait sans doute été bien plus compliqué. Cela a été en outre l'occasion de me faire une véritable amie. Le vrai problème est que je suis victime d'un grave blocage téléphonique qui devient quasiment insurmontable lorsque je dois appeler un inconnu. Ce n'est sûrement pas normal, mais je n'ai vraiment pas le temps d'aller voir un analyste.

Commentaires

Tu dis : "Je souffre en effet d'une timidité maladive qui me conduit à repousser plusieurs fois le moment où je dois appeler un ami au téléphone, même si je le connais depuis dix ans" Ceci explique donc cela.... Allez, joyeux Noël, ami de dix ans !!!! (si tu comptes, ça doit bien faire dix ans, hein ? Chers lecteurs de ce blog, si jamais vous êtes intéressés par toutes les frasques auxquelles a pu se livrer Ian pendant ces dix années - il y en a eu, je peux vous l'assurer - je peux même faire un site-miroir, Maudit-Ian.com, où je balance tout...)

Gilles> Si tu insinues qu'on ne se téléphone pas assez, j'évaluerais la répartion des torts à 50/50. Ca doit effectivement faire dix ans que nous nous connaissons. A ce titre, je peux également révéler au public des points noirs de ton passé, y compris ceux que tu as toi même oubliés sous l'effet de l'alcool. Alors, qui est le véritable génie du mal ?

les couteaux volent bas....