La guerre des francisations

  • Posté le : 30/12/2006 - 18:07
  • par : Yann

En France comme au Québec, il existe des organismes publics chargés de défendre le français. Une de leurs nombreuses missions est de proposer des traductions officielles dans la langue de Molière pour remplacer les anglicismes, tous plus ou moins barbares. Dans la Belle Province, ce rôle est assuré par l'Office québécois de la langue française (OQLF). Créé le 24 mars 1961 et composé de huit membres nommés par le gouvernement pour au plus cinq ans, celui-ci gère notamment le site granddictionnaire.com, qui permet de prendre connaissance des termes officiels. Dans l'Hexagone, c'est la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), créée en 1989, et plus particulièrement la Commission générale de terminologie et de néologie (Cogeter) qui s'acquittent de cette tâche délicate. Elle est constituée de dix-neuf personnes. Le président est nommé par le Premier ministre, treize membres sont désignés par le Ministre de la Culture, et les cinq derniers en font automatiquement partie de par le poste qu'ils occupent (grabat perpétuel à l'académie Française ou des Sciences, etc.) Ces sommités publient régulièrement leurs nouvelles prescriptions linguistiques dans le Journal Officiel et proposent également un site pour consulter les traductions officielles. Pour des raisons inconnues, il semble malheureusement que la Cogeter souffre en permanence d'un retard de plusieurs années par rapport à l'OLQF, du moins dans le monde de l'informatique. L'organisme français a par exemple proposé dans le journal officiel du 15 décembre dernier une traduction officielle du terme podcasting, alors que son homologue québécois avait déjà suggéré un équivalent en octobre 2004. Pire, alors que l'OQLF avait choisi d'utiliser le néologisme baladodiffusion, qui a selon moi le mérite de tenir en un seul mot et d'être facile à retenir, la Cogeter a de son côté opté pour le terme diffusion pour baladeur. On peut légitimement se demander s'il n'aurait pas été plus simple de reprendre directement l'expression proposée par le Québec, plutôt que de perdre deux ans de plus à pondre une si lourde périphrase. Il semble malheureusement que cette attitude soit totalement incompatible avec la haute estime en laquelle se tiennent les membres de l'organisme français. Cette arrogance est loin de plaire aux membres de l'OFLQ. Sur la page de granddictionnaire.com dédiée à la baladodiffusion, on peut ainsi lire que la traduction proposée par la France n'a pas été retenue en raison de "sa forme trop descriptive, plus difficilement implantable, de son inaptitude à produire des dérivés adéquats et d'une concurrence inutile avec le terme baladodiffusion, déjà utilisé par un grand nombre d'usagers du Québec et de la francophonie", ce que l'on peut traduire sobrement par '"on est tannés de ces crisses de maudits Français, ostie". Souvent, cet acharnement de la Cogeter à rejeter le travail de l'OFLQ confine vraiment au ridicule. En 1999, la première a ainsi proposé de substituer frimousse au terme smiley, alors que la seconde avait déjà suggéré le mot binette en 1995. La Cogeter tend en outre à se spécialiser dans les périphrases interminables. Elle a par exemple proposé de traduire webmaster par administrateur de site (webmestre au Québec) et chat par dialogue en ligne (clavardage). Il me paraît pourtant évident que plus les mots que l'on nous proposera pour remplacer l'anglais seront longs et fatigants à prononcer, moins ils auront de chances d'être utilisés. La Cogeter ne se complaît toutefois pas uniquement dans l'allongement suicidaire des termes francisés. Elle opte parfois pour des traductions phonétiques d'une absurdité consternante. Elle a par exemple décidé de remplacer CD-ROM par l'ignoble cédérom dont la seule vue réveille le tueur psychopathe qui sommeille en moi. Heureusement, cette approche semble avoir été abandonnée. Je craignais déjà de devoir un jour envoyer mes images jipègue sur un serveur eftépé, et que mes amis soient contraints de taper une uèrel afin d'accéder à mon flux èrécesse. Quand elle ne détruit pas les sigles, la transposition phonétique peut certes s'avérer pertinente. L'OQLF a par exemple proposé de traduire blog par blogue, qui a une forme plus française. Il était néanmoins inacceptable que la France prenne des leçons de français des petits Québécois, et la Cogeter a préféré préconiser le terme "bloc-note", que personne n'utilise. Je suis en outre très troublé par certains choix de traductions que des mauvaises langues pourraient qualifier de politiquement orientées. Alors que l'OQLF propose comme équivalent de hacker les termes bidouilleur (plus proche du sens initial) et pirate informatique (définition propagée par les grands médias), la Cogeter se contente du second sens et propose la traduction péjorative fouineur. Venant d'un pays à tradition répressive ayant voté la LCEN et la DADVSI, ce contresens n'est toutefois guère surprenant. Parfois, heureusement, la France reprend quelques termes québécois, comme courriel pour email. Dans ce cas précis, elle n'a toutefois pas pu s'empêcher d'ajouter son grain de sel en proposant de remplacer ce terme par Mél., lorsqu'on le fait par exemple figurer sur une carte de visite, afin de l'uniformiser avec l'abréviation Tél. (numéro de téléphone). J'aimerais vraiment savoir si l'attitude de la Cogeter est avant tout dictée par l'incompétence technique de ses membres, ou seulement par l'idée incongrue que seule la France a son mot à dire sur l'évolution de la langue française. J'ai envoyé un mail courriel il y a plus de dix jours aux membres de cette institution pour qu'ils m'éclairent sur ce point, mais je n'ai pas encore obtenu de réponse. Ils doivent être trop occupés à chercher une traduction officielle pour useless.

Commentaires

Ahah ca semble vraiment t irriter !

pfffffffffff, même pas de nouvelles alors que je vais venir te voir, MOI!!!!!!

la sorcière> checke ton compte gmail.

Voilà un sujet qui me préoccupe aussi. Ton billet est intéressant et bien documenté. L'attitude de la CogIter... est justement de trop cogiter, inutilement surtout. Dommage... c'est dans ces moments que je crois très peu aux compliments sur la beauté colorée de l'accent québécois :) Hélas ta parodie en finale n'est que trop utilisée réellement sur les clavardages comme si ces raccourcis phonétiques ridicules étaient intéressants! Bonne année à toi et je te souhaites une réponse de Cogetel qu'il serait intéressant de nous communiquer ici!

!Béo!> Je ne manquerais pas de publier la réponse de la Cogeter, même si je doute d'en avoir une. Bonne année à toi et à tous les visiteurs de ce site.

L'OQLF a compris une chose que la Cogeter n'a pas comprise : si on veut remplacer un terme par un autre, il faut le faire vite, très vite. Avant que le mot ne rentre dans la langue courante. Deux ans, c'est trop. Deux langues françaises, c'est d'ailleurs trop aussi. Happiniouilleur à tout le monde !!!

C'est la première fois que j'ai lu votre blogue, mais je crois que je retournerai. Cet affichage est très bien, il me rend heureux pour voir, en ce cas, la supériorité du Québec dans le monde linguistique. Merci

Bonjour mautadit * Français!

  • (nuance avec connotation affectueuse)

Je suis tombée par hasard, sans me faire mal du tout :) sur votre blogue et j' y ai passé un bon moment! Je dirais même que je m' y suis plus amusée qu' en regardant le très attendu "bye bye 2006" de RBO... En tant que "maman" d' un organisme voué à l'accueil et à l' intégration d' immigrants ici au Lac Saint-Jean, vos récits, commentaires et divertissants conseils pour ne pas se faire repérer comme Français au Québec m' ont arraché de sains éclats de rire. Je vais envoyer cette adresse aux 3 jeunes couples de Français nouvellement installés par ici.Ça pourrait leur être utile! :) Je repasserai de temps en temps devant votre miroir! Québecouèsement vôtre,
Toupie (modeste blogue: la cinquantaine en tamalou)

Salut! Je suis une Québécoise expatriée à Paris, où j'étudie le journalisme. Ian, j'aimerais pouvoir te parler parce que je prépare un dossier sur l'immigration française au Québec pour un site Internet (immigrationhereandthere.org). Si tu es d'accord, peux-tu me refiler ton numéro où m'envoyer un courriel: xxx
PS. Moi, c'est la Hellmanns-pas-de-goût qui me manque ici...

Faut croire que tu es célèbre jusque chez France Info: j'ai entendu ça ce matin
http://www.radiofrance.fr/chaines/f... présenté avec moins de références, et moins d'impertinence, façon radio d'Etat, quoi

Brian> Merci pour le lien. Cet article montre en plus que la commission change les termes en cours de route, ce qui est un peu affligeant. Je suis également effaré que l'Académie ralentisse volontairement le processus de traduction. Comme disait Gilles, dans le domaine de la langue, il faut au contraire faire très vite.

À moins qu'en France le français ne soit plus une langue vivante? Sauf pour l'argot... là ça y va vitesse grand V dans le Larousse! MOin c'est ça qui m'afflige Ian :(

Moi dis-je....

tu as tout à fait raison! sont bon à jeter ceux-là... prétentieux et niais! Le refus d'utiliser courriel m'avait rendu fou de rage à l'époque, lorsqu'on entendait parler de mél, de mèl ou d'adèle (adresse électronique)... c'est pas pour dire, mais y a des coups de tatannes qui se perdent!!! Alors que courriel est si juste, porteur de sens, joli... des fois, la réputation des francais n'est pas surfaite!

Lorsque tu es français et que tu habites Montréal, tu es sûr et certain que tu auras toujours un québécois pour te rabaisser ou reprendre tes phrases ou ta grammaire. Ca me fait rire, surtout quant-on sait que les quebecois utilisent souvent un langage franco-anglais, (surtout les jeunes) des mots comme "cute", "whatever" ... sans cesse. Et ils disent defendre le français ...

En plus d'un an de séjour à Montréal jamais un Québécois n'a tenté de m'abaisser. Quelques uns m'ont certes affirmé que les Français utilisent trop d'anglicismes, mais leur faire remarquer que "Nous sommes samedi le 6 janvier" ou "Ca goûte le sel" sont des anglicismes suffit généralement à calmer leurs ardeurs.

Ben oui! On utilise des angliscismes boutte de viarge! Steering (Stiwing), Bumper (Bumpeux) ou même Dash (Dash), mais au moins on s'assume en le prononçant avec un accent amaricain. J'ai un ami français qui a ri de moi pcq je disais Ford (Fôrd), GM (Djiaime) et Chrysler (Craillsleux) au lieu de Feurd, JM et Crisslèr. Je lui ait rétorqué que ce sont des marques de voitures US et que c'était plûtôt sa prononciation qui est risible! Je suis d'accord avec un message précédent sur les vierges offensées de la langue françaises qui parfois me tombent sur les nerfs.

seb> Par contre, je n'ai pas compris pourquoi les Québécois prononcent Boston à la française, et pas Bostonne (ce que font les Français, par contre :-) )

c'est vrai, assez bizzare javais moi meme remarquer ca ! peut etre en partie a cause de l influence du hockey, j ai aucune idée ! on appelle meme les beigne des boston et non des bostonne ! a plus stef

Pour revenir sur le mot "courriel", il me plaît beaucoup et je suis une française qui l'a toujours utilisé. Après tout, l'essentiel, c'est de parler ou écrire avec les mots qu'on aime, c'est la manière la plus sûre de les faire vivre et de les partager.
En France, la féminisation des noms de métiers à du mal à se mettre en place, j'ai encore quelques sourires "gentils" quand j'écris professeure avec le "e" final.

je dois avouer que mes cours de traduction de l'anglais au français mon fait prendre conscience que le québecois utilise beaucoup l'anglais même pour la syntaxe. Toutefois, mon prof qui ignore que je suis québécoise (je vis en France), n'accepte pas les mots québécois dans les traductions ex: il faut traduire mail par mèle et non courriel. Toutefois on peut traduire "to stock" par stocker mais pas "emmagasiner". je suis donc complètement perdu quant à savoir quand on peut utliser ou non des terme anglais, ou québécois ou français. N'empêche que j'ai toujours envie de dire quelques insultes à ce prof qu'en il dit "ha non ce n'est pas français mais québecois!" quant aux termes boston c'est une enigme que j'avais d'ailleurs relever, ou plutot qu'on m'a fait ramarquer! sinon un vendeur à auchan s'est foutu de ma gueule quand je lui ai dit "fire wire" avec un accent anglais il m'a repris avec un accent français! j'ai rien dit...au Québec comme en France, l'un se fout de la gueule de l'autre, voilà c'est normal! ca me fais du bien de lire ce blogue, je me rends compte que les français aussi se font chambrer au Québec alors je relative plus mes petites mésaventures franco-franchouillardes!

Effectivement, le terme Boston est une énigme! C'est probablement l'exception qui confirme la règle! Pour le dire de la bonne façon, il faudrait cependant prononcer "Bâstune (avec une patate chaude dans la bouche)". Je lance une hypothèse. Je pense que ça nous vient du hockey. Je m'explique, durant les années 40 à 60, il n'y avait que six équipes: Les Canadiens de Montréal, les Bruins de Boston, les Red Wings de Détroit, les Blackhawks de Chicago et les Maple Leafs de Toronto. À l'époque les matchs étaient diffusées pour la radio et la télé de Radio-Canada et les commentateurs étaient des partisans d'un courant qui a frappé le Québec durant les années 50 et 60: le bon parlé français. À cette époque, les intellectuels (c'est-à-dire ceux qui avaient eux la chance d'aller à l'université) croyaient dur comme fer que le français parlé en France était supérieur à celui parlé ici. D'ailleurs si vous écoutez la chanson québecoise d'avant 1967, cela ressemble à du Jacques Brel mal fait. Cela venait du fait que plusieurs de ces intellectuels étaient plus branchés sur Paris et sur l'Europe. Quant à elle, la population était plus branché vers les États-Unis et l'Amérique du Nord. Aujourd'hui, les Québecois (ben moi en tout cas!) considèrent que l'argot parisien est équivalent au joual québecois. D'ailleurs, les Américains ne sont pas complexés par les Britanniques Bon je reviens à mon exemple sur le hockey. Les journalistes tenaient absolument à prononcer les mots comme les Français, ils prononçaient "Boston" au lieu de "Bâstune", "Toronto" au lieu de "Tâwwrronntow", "Détroit" (ville fondé par des coureurs des bois canadiens français) au lieu de "Ditwrôilt", "Nu Yeurk" au lieu de "Niou Yôwrk", "Chicago" (autre ville fondé par des coureurs des bois candiens français comme St-Louis, Milwauke et la Nouvelle-Orléans) au lieu de "Tchicàgow". Hé! Bonne journée!

keskedee> Tu pourras dire à ton prof qu'il se trompe. Mél ne doit pas être utilisé comme substantif, mais seulement pour mentionner une adresse dans un CV ou sur une carte de visite. Dans les autres cas, le terme recommandé par la cogeter est courriel ou courrier électronique ! sources : http://www.criter.dglf.culture.gouv... et http://www.criter.dglf.culture.gouv... seb> merci de nous avoir fait part de cette intéressante théorie sur Boston :-)

Très intéressant Stef pour Boston en parralèle avec le hockey. Lecavalier a beaucoup fait pour la francisation des termes de ce sport, ce qui n'emêche qu'en Europe ils jouent au Hockey avec des cannes... des puck ou des palets: il y a un joyeux mélange de tous les termes durant les retransmissions télé, dépendamment si le commentateur est Français, Suisse ou Canadien. ;)

super ton article ! très interessant. Je ne savais pas que ces 2 organismes se chamaillaient comme ça... c vraiment dommage

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Petite précision : À ma connaissance, à l'OQLF, ce sont des terminologues qui font de la terminologie, qui proposent ou valident des termes, et non les huit «membres» qui le composent, comme semble le laisser croire ce texte (lien cliquable), dont le propos sur la langue est fort intéressant.

Bonjour Ian,

Je m'appelle Damien et vis à Bordeaux (France)

Je découvre ton blog grâce à un article de l'hebdomadaire Courrier International.

Je viens de lire ton article sur la gestion de l'évolution de la langue française.

Mon avis est qu' en France, à Paris en particulier, l'arrogance et l'incompétence sont souvent synonymes. N'oublions pas que nous sommes des gaulois parlant la langue de Molière. Nous n'avons de leçon à recevoir de personne...

Pour autre exemple, j'ai récemment appris que le verbe "candidater" n'existe pas. et pourtant je l'ai testé auprès de gens et ce à plusieurs reprises. Le mot est passé comme une lettre à la poste.

Qu'en pensez ?

Bonne journée !

Damien

Seb - Il y avait en effet six équipes de hockey dans la ligue nationale jusqu'aux années 1960, et la sixième était les Rangers de New York.