Epopée locative

  • Posté le : 11/04/2007 - 15:18
  • par : Yann

Le mois dernier, notre concierge Marion a cogné à notre huis afin de nous remettre une missive renfermant la proposition de reconduction de notre obole locative mensuelle, plus communément appelée loyer. Après avoir décacheté le pli sus-dit, notre sang n'a fait qu'un tour. Le document nous informait en effet que le loyer de notre demeure migrait de sept-cent dix à sept-cent soixante dix dollars, soit une augmentation de plus de huit pour cent. "Palsambleu, avons-nous songé, il semble que le maître de céans n'ait point le sens de la mesure. Il conviendrait de fournir une réponse appropriée et énergique à cette manifeste dérive pécuniaire". Nonobstant cette saine résolution, le tourbillon de la vie nous a très vite repris dans ses griffes, et nous ne nous sommes plus souciés de cette intrigue durant plusieurs semaines.
A l'occasion d'une bombance chez messire Yannick, nous avons toutefois narré la mésaventure à notre hôte qui nous a vivement exhorté à prendre les mesures drastiques qui s'imposent en pareille occasion. A cette effet, il nous a confié une publication spécialisée sur le sujet que nous avons pu compulser à notre guise dans les jours qui ont suivi. Quelques télécommunications émises à l'attention de la régie du logement du Québec nous ont de surcroît donné l'opportunité de lever le voile sur certaines réglementations dont nous n'avions point connaissance.
Plusieurs conclusions ont naturellement découlé de cette exégèse. La première était que le montant dont nous devions soulager notre bourse était effectivement disproportionné à l'égard des pratiques en vigueur à Montréal. La pénultième était que nous disposions de l'option de ratifier le principe d'une reconduction du bail tout en nous opposant à la hausse non avenue de nos frais locatifs. L'ultime était que nos bailleurs se rendaient coupables d'une évaluation erronément basse de nos capacités de raisonnement. Nous nous sommes par conséquent fendus d'une épître en recommandé à notre créancier afin de témoigner de notre désapprobation.
La réponse ne s'est nullement faite désirer. Quelques nuits plus tard, nous recevions effectivement sur notre système de réponse téléphonique automatisé une annonce de Marion nous enseignant que la somme qui nous avait été communiquée était incorrecte. La véritable augmentation était de sept dollars, et aucunement de soixante. La faute incombait, affirmait-elle, à un subordonné distrait, coutumier de ce genre de bévue.
Bien que nous puissions légitimement douter qu'une erreur aussi grossière puisse échapper à des yeux aguerris, nous préférons accorder le bénéfice du doute à nos bailleurs plutôt que leur prêter des idées indignes. Il n'en reste pas moins que nous dégustons avec félicité notre victoire sur le joug de l'oppresseur locatif.
Bordel.

Commentaires

10 / 10 pour le style ;)

Idem pour l'orthographe ;)

Très bien écrit, Ian, et félicitations pour cette victoire du prolétaire! ;)

c'est un vrai plaisir de lecture, on en redemande...à bientôt

euh, pour l'orthographe, je signale le non accord du pariticpe passé avec FAIRE + INFINITIF:
La réponse ne s’est nullement FAIT désirer.

mais c'est peut-être plutôt une 'faute' de grammaire.

Bon, ok, 9,8 / 10. Et c'est mon dernier mot. En revanche, pourquoi 'faute' ? Pourquoi ces apostrophes ? Je suppose que tu as voulu mettre des guillemets ("comme ça"), mais ils n'ont rien à faire ici :p assume ce mot, qui n'est pas une citation ;) FAUTE. Na.

apostrophes ou guillemets simples? zat iz ze kouechtieune
quant à savoir lesquelles sont appropriées ici en typologie française officielle...
peut-être les guillements « français »?

et pis non j'assume pas le terme de faute, je mets des guillemets parce que je rapporte un propos que je ne défends pas, un propos puriste, que j'exècre.

ps: si j'ai souligné ta "faute", c'est parce que Io a parlé d'orthographe, laquelle orthographe implique ce purisme.

Io> aïe j'ai mal lu.

je voulais dire "c'est parce que TU as parlé d'orthographe". dans la précipitation, j'ai cru que c'était Ian qui avait répondu. désolé, Io!

Je suis décidément un fan inconditionnel de ton style. Tu es vraiment très fort...

Sinon bravo pour cette victoire contre l'ennemi !

Rhaaaaaaa les linguistes ! Ces sales bêtes ! (et les pires sont ceux qui sont pour une réforme) :p
Moi, j'aime bien l'orthographe, mais bon, j'ai baigné dedans, et il me semble qu'on en a déjà parlé :)

tous> Merci pour vos encouragements. Je suis malheureusement loin d'atteindre le niveau de mon maître ( http://www.dailymotion.com/visited/search/scribe/video/x5ge4_monologue-d... ).

bẽʒamẽ>Typographiquement parlant, je ne crois pas que les simples guillemets soient autorisés en français, en raison de la confusion possible avec les apostrophes. La remarque de Io était un clin d'oeil au fait que c'est elle qui corrige mes fautes, pardon, qui met mon texte en conformité avec le navrant purisme contemporain. Je ne peux cependant m'empêcher de penser que si mon nom et celui de Io ne s'écrivaient pas phonétiquement mais avec une orthographe choquante à tes yeux, comme Ieau et Illanne, tu aurais pu mieux les discriminer et éviter de te tromper d'interlocuteur :-) .
Allez, pour ne pas me montrer trop sectaire, je laisse la "faute" de grammaire dans mon billet.

Ian > Je me disais aussi que le style me rappelait quelque chose. :)

en écoutant à l'instant "Rire & Chansons" (http://www.rireetchansons.fr/), je crois avoir identifié l'infuence principale du style de Ian! (écoutez ça par exemple)

c'est à s'y méprendre, non? ;)

Truculent !!