Maudit Français

Epopée locative

Le mois dernier, notre concierge Marion a cogné à notre huis afin de nous remettre une missive renfermant la proposition de reconduction de notre obole locative mensuelle, plus communément appelée loyer. Après avoir décacheté le pli sus-dit, notre sang n'a fait qu'un tour. Le document nous informait en effet que le loyer de notre demeure migrait de sept-cent dix à sept-cent soixante dix dollars, soit une augmentation de plus de huit pour cent. "Palsambleu, avons-nous songé, il semble que le maître de céans n'ait point le sens de la mesure. Il conviendrait de fournir une réponse appropriée et énergique à cette manifeste dérive pécuniaire". Nonobstant cette saine résolution, le tourbillon de la vie nous a très vite repris dans ses griffes, et nous ne nous sommes plus souciés de cette intrigue durant plusieurs semaines. A l'occasion d'une bombance chez messire Yannick, nous avons toutefois narré la mésaventure à notre hôte qui nous a vivement exhorté à prendre les mesures drastiques qui s'imposent en pareille occasion. A cette effet, il nous a confié une publication spécialisée sur le sujet que nous avons pu compulser à notre guise dans les jours qui ont suivi. Quelques télécommunications émises à l'attention de la régie du logement du Québec nous ont de surcroît donné l'opportunité de lever le voile sur certaines réglementations dont nous n'avions point connaissance. Plusieurs conclusions ont naturellement découlé de cette exégèse. La première était que le montant dont nous devions soulager notre bourse était effectivement disproportionné à l'égard des pratiques en vigueur à Montréal. La pénultième était que nous disposions de l'option de ratifier le principe d'une reconduction du bail tout en nous opposant à la hausse non avenue de nos frais locatifs. L'ultime était que nos bailleurs se rendaient coupables d'une évaluation erronément basse de nos capacités de raisonnement. Nous nous sommes par conséquent fendus d'une épître en recommandé à notre créancier afin de témoigner de notre désapprobation. La réponse ne s'est nullement faite désirer. Quelques nuits plus tard, nous recevions effectivement sur notre système de réponse téléphonique automatisé une annonce de Marion nous enseignant que la somme qui nous avait été communiquée était incorrecte. La véritable augmentation était de sept dollars, et aucunement de soixante. La faute incombait, affirmait-elle, à un subordonné distrait, coutumier de ce genre de bévue. Bien que nous puissions légitimement douter qu'une erreur aussi grossière puisse échapper à des yeux aguerris, nous préférons accorder le bénéfice du doute à nos bailleurs plutôt que leur prêter des idées indignes. Il n'en reste pas moins que nous dégustons avec félicité notre victoire sur le joug de l'oppresseur locatif. Bordel.