Maudit Français

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Le 16 avril 2007 - 19h43

Votez futile

Dans moins d’une semaine se déroulera le premier tour des élections présidentielles françaises. Io et moi avons reçu il y a quelques jours le papier du consulat nous informant que nous pourrons voter à Montréal, dans un collège d’Outremont. Loin de jouer l’émigré dédaigneux ne souhaitant plus se mêler des affaires de son pays d’origine, je suis la campagne avec beaucoup d’attention. Je m’angoisse en effet un tantinet que deux candidats sur quatre susceptibles d’accéder au second tour ambitionnent de gouverner le pays à coups de matraque dans les gencives. Comme beaucoup de mes compatriotes qui ne veulent pas voir arriver ces individus au pouvoir, je bascule continuellement entre deux options.

La première consiste à voter pour l’un des deux candidats les mieux placés pour battre les ignobles individus évoqués ci-dessus. J’ai malheureusement aussi peu d’affinité avec la cheftaine scoute au sourire mécanique qu’avec le manchot qui se fait passer pour un ambidextre. La seconde option consiste à choisir parmi les candidats sûrs de perdre celui qui correspond le mieux à mes idées. Je ne vois malheureusement pas l’intérêt d’une telle tactique car elle n’enlèverait aucune chance à mes deux bêtes noires. Quel est le plus sage ? Voter stratégique pour éviter le pire ? Voter pour un parti avec lequel je partage une ou deux idées alors que mon idée principale est que je ne veux pas être dirigé ?

Embourbé depuis des semaines dans ces interrogations qui ne m’empêchent heureusement pas de dormir, je suis à la fois effrayé et fasciné par ces militants de la première ou dernière heure qui savent avec certitude qui est le meilleur candidat. Touchés par la grâce à la suite de je ne sais quelle expérience mystique, ils scandent les louanges de leur nouvelle idole, dans l’espoir de couvrir les hurlements du camp d’en face. Attribuant à leur poulain toutes les vertus imaginables, niant ou approuvant ses pires excès ou ses positions les plus démagogiques, ils se complaisent sans mesure dans un culte de la personnalité qui me cause des haut-le-coeur. Quel que soit leur coterie, ils jettent un regard méprisant sur leurs adversaires qui font forcément fausse route et ne méritent que du mépris. Parfois ils s’invectivent au détour d’un bar ou d’un blog, se jetant à la face des noms d’oiseaux que même leur champion n’oserait murmurer.

Que le monde doit être facile à appréhender pour ces fantômes accrochés à leur idole, se gargarisant de slogans comme “Désirs d’avenir”, “La France de toutes nos forces” ou “Ensemble tout devient possible” comme s’ils avaient un sens. Qu’il doit être rassurant de confier ainsi l’avenir de son pays à un gourou sans avoir à s’encombrer d’un inopportun esprit critique. Cette impression de détenir la vérité et d’avoir enfin trouvé un sens à la vie doit être revigorante.

Du moins jusqu’au soir du 22 avril, où l’on apprend avec horreur que le messie a perdu.

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