Maudit Français

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Le 26 mai 2007 - 21h34

À la manière de …

Ami lecteur, ce billet a été fortement inspiré de celui d’un autre blogueur immigré. Sauras-tu le retrouver ?

Syndrome Post-Échec

Tous les immigrés français déçus du Québec sont plus ou moins gravement atteints d’une affection très commune : le Syndrome Post-Échec, ou SPE (PEF en anglais). Pour en avoir étudié les manifestations au fil des ans sur le web, c’est une maladie que je connais bien. Elle n’est pas douloureuse pour le malade, qui ignore son affection la plupart du temps, mais elle l’est pour ses proches et pour tous ceux qui n’en sont pas atteints. En voici les principaux symptômes :

Rejet du pays d’accueil

Dans l’attente d’un retour à la patrie qu’elle prévoit depuis longtemps pour bientôt, la victime du SPE développe très rapidement une véritable allergie au pays qui la faisait rêver jadis. Ici, tout est foutu, tout est pourri, rien ne pourra jamais y faire. Tous les efforts sont vains, le bateau coule, la seule et unique solution est la fuite. Tout ce qu’elle a pu trouver beau, agréable et intéressant dans le passé, elle le trouve maintenant laid, pénible et sans intérêt. La victime se demande même comment elle a fait pour vivre aussi longtemps dans un tel enfer.

Sublimation du pays d’origine

Dans le pays d’origine, par contre, tout était merveilleux. Contrairement à ses nouveaux compatriotes qui ne sont qu’une bande d’abrutis, les braves gens qui y vivent on su conserver les valeurs humaines essentielles. Contrairement au pays d’accueil, tout semble beau dans la contrée natale. Même la plus délabrée des universités, même le plus odieux des commerçants, tout brille de mille feux.

Mais le décor n’est pas le plus important. Ce sont surtout les amis et la famille que l’on a laissés qui comptent, leur merveilleux amour, leur soutien indéfectible, leur fidélité, leur sincérité, leur tolérance et tout un tas d’autres qualités ignorées par les nouveaux compatriotes du malade. La personne souffrant de SPE n’aura d’ailleurs de cesse que de se débarrasser de ses anciennes utopies pour, dans un magnifique élan patriotique, se réconcilier avec sa société d’origine.

Le malade se sent alors de plus en plus proche de son terroir. De retour de vacances dans ce paradis perdu qui est l’objet de tous ses regrets, l’immigré déçu ressentira la déchirure que seuls ressentent ceux qui s’exilent.

Rejet ou contournement de l’opinion des immigrants déjà installés

Le contact avec les immigrants ayant une meilleure expérience du pays d’accueil est troublant pour la victime de SPE. Elle ne peut pas intégrer que d’autres qui sont déjà passés par là ne ressentent pas la même déception qu’elle.

De là découlent deux types de comportement. D’abord, le rejet pur et simple. On ignore totalement ceux qui ne montrent pas une image du pays conforme à celle qu’on a perçue. On ne veut pas les voir, ce ne sont que des immigrés déçus en devenir, ils n’existent pas.

Mais très rapidement, vu le nombre de témoignages heurtant ses convictions, la victime de SPE ne peut plus les ignorer. Il faut cependant qu’elle s’en sorte quand même. Alors elle développe une stratégie dite “de contournement”. Il y a bien une explication plausible à ces nombreux témoignages positifs sur le pays d’accueil : Si c’est surtout ceux-là qu’on entend, c’est parce que l’on censure ceux qui disent le contraire.

Alors le malade s’inscrit à un forum Internet spécialement dédié aux immigrés déçus. Il discute avec tous les autres immigrés déçus et se rassure. Lui et ses camarades avaient moins de chances que les autres de s’intégrer car ils avaient trop de qualités. Comme il a compris qu’une grande cause d’échec de l’immigration était la généralisation abusive, il se convainc que ce n’est pas pour cette raison qu’il retourne dans son pays, alors que c’est en complète contradiction avec le premier de ses symptômes. Mais la victime de SPE n’en est pas à une contradiction près : tout est bon pour qu’elle ne se sente pas ne serait-ce qu’un peu responsable de son échec.

Ayant compris que sa principale erreur est d’avoir trop idéalisé le pays d’accueil, ce qui l’a amené à accumuler les déceptions, elle essaye de se convaincre que personne ne peut échapper à cette tendance en raison du bourrage de crâne opéré par la Délégation générale du Québec à Paris et n’hésite pas à traiter ses membres d’escrocs.

Dans les cas les plus sérieux, le malade se croit investi d’une mission de formation et se met à donner des leçons aux futurs immigrants. Il leur explique qu’ils vont se planter quoiqu’il arrive et qu’il est préférable qu’ils restent chez eux.

Ignorance de l’affection

Le sujet souffrant de SPE ignore toujours qu’il en est atteint. Comme certains névrotiques, il pense que ce sont les autres qui sont malades.

Quand on y réfléchit bien, le SPE est très similaire à ce que peut ressentir un individu lorsqu’il vient de subir une rupture amoureuse. La personne aimée est soudain accusée de tous les maux et il ne veut rien entendre de bon à son sujet. Et si quelqu’un souligne une qualité chez l’objet de sa haine, il n’y croit pas et explique cela par l’incompréhension ou la naïveté.

Le SPE est aggravé par l’attente du retour. Il est exacerbé par les voyages dits “de préparation” qui ne sont en fait que du tourisme inversé. Ces voyages sont particulièrement néfastes au malade, car ils l’enfoncent dans de vains rêves de vie sans souci au quotidien libre de contingences matérielles.

Contrairement aux affections dont soit on meurt, soit on reste idiot, le SPE n’est pas mortel. Apprenez-donc à en reconnaître les symptômes et à les combattre.

Accepter que chaque individu est différent, que certains peuvent réussir là où l’on a échoué et que l’on a quand même retiré des choses de positives de l’aventure est la meilleure des thérapies pour combattre le SPE.

Solution du jeu : Syndrome Pré-Immigratoire

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