Comme d’autres génies contemporains, je m’aperçois régulièrement qu’une de mes visions à la rhétorique trop audacieuse a été mal appréhendée par le grand public. La densité conceptuelle de mon dernier billet consacré au syndrome post-échec a par exemple engendré quelques aberrations cognitives qui nécessitent d’urgentes rectifications. Avant de poursuivre, je tiens toutefois à préciser que ces malentendus ne sont en aucun cas dûs à une défaillance de mon lectorat, mais bien à mon incapacité à adapter la subtilité de mes écrits à l’intelligence moyenne de la population mondiale.
Une première erreur de jugement a été de croire que mon billet était destiné à régler mes comptes avec l’administrateur de je ne sais quel forum. C’est bien sûr totalement faux. Pour être honnête, je suis tellement subjugué par la pertinence de mes propres textes que je ne vois plus l’intérêt de lire ceux des autres. Les cadres de Bell m’ont récemment accordé une réduction de 15 % sur mon abonnement mensuel à Internet après avoir réalisé que je me connectais uniquement sur mauditfrancais.com. Malgré leurs indéniables qualités, les autres sites se sont donc progressivement dissipés de ma mémoire, à tel point qu’il m’est impossible de me souvenir du moindre rédacteur envers lequel je pourrais avoir une quelconque rancune ou animosité.
Une deuxième intention que l’on m’a prêté à tort est de présenter le Québec comme un lieu paradisiaque exempt de tout défaut. Il n’en est rien. Je suis bien conscient que, comme toutes les autres nations, celui-ci souffre de nombreux maux parmi lesquels on peut citer un système de santé public désastreux, des viaducs aussi solides qu’un ouvre-boîte de Dollarama, et, pire que tout, une cécité inimaginable de ses dirigeants qui fait qu’aucune institution publique n’a spontanément proposé de soutenir financièrement mon blog en dépit des bienfaits qu’il prodigue à l’humanité. La seule chose que j’ai souhaité démontrer est que le SPI et le SPE étaient deux facettes d’un même problème. Plus on idéalise le Québec en tant qu’immigrant aspirant avant le grand saut, plus on risque de le détester après quelques années de séjour.
Le troisième procès totalement infondé que l’on m’ait fait est de faire porter aux immigrés déçus tout le poids de leur échec. Calomnies ! Même si on peut difficilement nier qu’une personne à la psychologie fragile aura moins de chances de s’intégrer dans un pays étranger que, par exemple, moi, dont la combativité a inspiré plusieurs ouvrages sur le développement personnel, je ne pense pas que ce soit un critère déterminant. Le succès d’une immigration dépend beaucoup du hasard et des rencontres. Io et moi avons par exemple la chance inestimable d’avoir été acceptés à Montréal dans une bande d’amis tellement chaleureuse que j’en oublierais presque ma misanthropie. Par ailleurs, rentrer en France après avoir essayé de s’installer au Québec n’est un échec que si on le considère soi-même comme tel. Le seul fait d’avoir tenté l’aventure devrait suffire à se sentir grandi. Le plus important n’est pas de savoir si on pardonne ou non la société d’accueil pour ce rendez-vous manqué, mais de se pardonner à soi-même de n’avoir pu rester en se disant que l’on a fait de son mieux.
Je suis obligé de vous laisser car une meute de fans en délire est en train d’organiser une auto-immolation collective devant ma porte. J’espère sincèrement vous avoir transmis ne serait-ce qu’une parcelle de ma lumière intrinsèque par ce texte que je vous livre en toute humilité.