Maudit Français

Bonne nuit la Pythie

Malgré les nombreux courriels et commentaires postés par mes groupies se demandant si je suis sorti indemne du Parc des Maringouins, je me vois contraint de retarder la publication du bilan de mon camping. A mon retour, j'ai en effet vécu une révélation tellement fracassante sur mon karma, une analyse tellement fine de mes méandres cérébelleux que je me sens incapable d'écrire le moindre billet sans en avoir auparavant rendu grâce à son initiateur.

En consultant les statistiques de mon blog lundi soir après trois jours de jeûne informatique, j'ai découvert qu'une personne était arrivée sur celui-ci grâce à un lien publié sur le site bienvenue-au-quebec.com. L'ego tout frétillant, je me suis rendu à l'adresse en question pour savoir ce qu'on disait de moi, et je suis tombé sur la présentation suivante :

Site de maudit francais.com

Site d’un petit Français fraîchement débarqué de la Belle Province, aimant bien manier la prose. Cependant, l’émerveillement de départ laisse progressivement la place à une triste réalité concernant le pauvre avenir qui l’attend au Québec. Pronostic de départ du Québec : au plus tard fin 2009.

Les erreurs factuelles qui parsèment ce résumé malgré sa brièveté auraient pu me rebuter. Je mesure par exemple 178 centimètres, ce qui, au regard de la moyenne nationale de 175, fait de moi un grand Français et non un petit (je refuse de penser que cet adjectif ait été employé pour marquer de la condescendance). L'auteur semble en outre ignorer que j'ai vécu un an au Québec entre 2000 et 2001 avant d'y immigrer, ce qui ne fait pas de moi un fraîchement débarqué. J'ai néanmoins pardonné ces oublis. La vie serait bien compliquée si on devait se renseigner sur les gens avant de parler d'eux. J'ai moi-même craché pendant des années sur les toiles de Laurent Jalabert avant d'apprendre qu'il ne peignait pas.

Ce qu'il faut saluer avant tout, c'est la perspicacité de l'auteur qui lui a permis de deviner non seulement que j'aimais manier la prose, ce qui était facile, mais aussi de déceler dans mes billets un émerveillement laissant place à une triste réalité sur mon pauvre avenir sans que je m'en sois aperçu moi-même, ce qui est nettement plus balèze. Il y a à peine quelques jours, je pensais que le ton de mes billets variait au gré de mes humeurs sans verser dans un pessimisme ou un optimisme excessif. Ils illustraient selon moi les dictons aussi stupides que "Il y a des jours avec et il y a des jours sans" ou "Après la pluie le beau temps". À présent que j'ai lu cette brillante synthèse de mon site, il est incontestable que je glisse inexorablement sur une pente qui me mènera à l'alcoolisme, au suicide, à la prostitution ou au militantisme UMP. J'en viendrais presque à désespérer si l'auteur de bienvenue-au-quebec.com n'indiquait généreusement la date de mon départ sans m'avoir jamais rencontré, alors que je ne sais même pas ce que je vais manger demain midi.

Merci et bravo !

Sincèrement.