Maudit Français

Adaptécheune

Les Québécois sont célèbres dans le monde entier pour leur opiniâtreté à défendre la pureté de la langue française contre l'invasion des anglicismes tous plus ou moins barbares. Un fait moins connu est que la plupart d'entre eux énoncent les mots anglais qui ont passé le filtre avec une prononciation et un accent si fidèles à la langue originelle que l'on pourrait soudain les croire débarqués directement d'Oxford (ou d'Austin, diront les mauvaises langues). Face à une telle rigueur linguistique, le Français moyen qui organise des séances de brènestorminngue dans le département marquétinngue avant d'emmener ses enfants voir les animaux au zauhau ne peut que mourir de honte devant sa propre incapacité à articuler correctement les termes qu'il emprunte aux autres langues.

Conscient de cette différence fondamentale entre nos deux cultures et souhaitant m'éviter les quolibets que ne manquent pas de faire subir certains Québécois aux Français ne maîtrisant pas la langue de Jack l'éventreur, je me suis appliqué à teinter chacun des mots anglais que j'utilise d'une couleur purement british propre à dissuader toute velléité de moquerie.

Cette bonne résolution m'a parfois conduit à commettre quelques bourdes. J'ai par exemple parlé pendant plusieurs semaines du magasin d'accessoires électroniques "soueusse", avant de remarquer qu'il s'appelait en fait "La source", et que c'est la prononciation française qui s'imposait.

À force de pratique, cette vigilance verbale permanente est cependant devenue une second nature. Je me suis même surpris à réfréner un smile narquois lorsqu'un formateur français en visite à ma job a prononcé à maintes reprises "brousseur" le mot "browser". Mes colleagues québécois reprenaient d'ailleurs ce term avec le même prononciation sans que je know vraiment s'ils faisaient du fun de lui ou s'ils essayaient sincerly de s'adapter à son language.

Malgré l'intellectuelle discipline qu'a nécessité la pronunciation english des words, je suis finalement satisfied du result. Aucun Québécois ne m'a jamais fait de reflexion ironique about my kind of speaking.

Ce sont mes friends français qui se moquent de moi at the phone en me disant qu'ils me trouvent très aware.