Maudit Français

Café français

Jeudi dernier, alors que je m'en allais quérir la pitance que mon entreprise m'autorise à avaler entre deux corrections de bug PHP, je suis tombé sur une soixantaine de personnes faisant du piquetage devant le Second Cup de l'avenue du Parc. Dans un premier temps, j'ai songé qu'elles revendiquaient des muffins plus gros ou du café non transparent, mais j'ai vite compris à leurs pancartes du style "Le français n'est pas négociable." que leur requête était plutôt d'ordre linguistique.

Un collègue québécois s'apprêtant à se joindre aux manifestants a confirmé cette hypothèse en m'expliquant qu'ils protestaient contre la décision de la chaîne de supprimer la mention "Les cafés" qui précède le "Second Cup" sur les enseignes de ses établissements. Le Mouvement Montréal français à l'origine de ce rassemblement sommait l'entreprise d'abandonner cette idée qui selon lui "compromet le visage français de Montréal et s’ajoute à d’autres facteurs d’anglicisation comme le bilinguisme des services publics et l’exigence indue de l’anglais sur le marché du travail."

En suppliciant mes synapses pour savoir si je devais considérer ces militants comme de graves intégristes de la langue française ou des valeureux gardiens de l'exception culturelle, j'ai réalisé que je touchais un point de divergence entre la France et le Québec qui n'avait rien d'un détail. Si une bande d'activistes se réunissait devant un supermarché Leader Price dans mon pays d'origine pour qu'il soit rebaptisé "Meilleur Prix", elle aurait en effet plus de chances de provoquer l'hilarité générale qu'une mobilisation. Bien que la majorité des Français estime qu'il est normal d'exiger que les modes d'emploi ou les emballages des produits soient écrits dans la langue de Mesrine, la plupart semblent considérer en revanche les marques commerciales comme des sortes de noms propres qui peuvent rester dans le patois de leur pays d'origine.

Dans la Belle Province, l'angoisse de se faire assimiler par les voisins anglophones est tellement présente que beaucoup de Québécois refusent de perdre le moindre bout de terrain. La charte de la langue française exige d'ailleurs que le nom des entreprises soit en Français. Il existe certes quelques exceptions, mais aucune ne semble autoriser Second Cup à perdre ses cafés. C'est sans doute en partie pour cette raison que la chaîne a annoncé le jour même de la manifestation qu'elle réviserait sa décision.

Anyway, ça ne bouleversera pas ma vie. Je prends mes capuccinos au café Étoilepiastre.