San Francisco

  • Posté le : 18/05/2010 - 22:08
  • par : Yann

En tant que descendant d'une famille de communistes dont certains membres ont vu leur foi résister à l'effondrement du bloc soviétique et à toutes les unions de la gauche, j'ai longtemps toisé les États-Unis d'un regard réprobateur teinté d'effroi. Je ne me sentais nullement attiré par ce pays vendu au Grand Capital où la criminalité généralisée ne laisse aucun répit à la police, où Coca-Cola prévoit de distribuer son breuvage via les robinets et où les petites vieilles font sécher leur chien dans le four à micro-ondes.

Malgré son incontestable sagacité, je dois avouer que ma vision du pays de l'oncle Fétide s'est affinée avec le temps. Mon intérêt pour certains pans de la culture américaine et des courts séjours à San José et Boston m'ont même persuadé qu'un pays qui a permis l'émergence de Charles Bukowski, Charles Schulz, Charles Chaplin et Marylin Manson ne pouvait être complètement mauvais. C'est donc avec sérénité que je me suis envolé le mois dernier pour San Francisco avec mes collègues pour assister à une conférence d'informatique. Seul mon passage à la frontière américaine avec un passeport français a réussi à la fois à entacher mon moral et à me convaincre d'accélérer mes démarches pour obtenir la citoyenneté canadienne.
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Mes collègues et moi logions dans un grand appartement du quartier The Haight, berceau du mouvement hippie durant les années soixante. J'ai rapidement compris qu'il restait de nombreuses traces de cette période, et pas seulement à cause des magasins aux devantures psychédéliques et du look des riverains. Le cannabis (dont la consommation et la vente sont autorisées en Californie à des fins thérapeutiques) semble en effet prendre une grande place dans le quotidien de nombreux habitants du coin. Alors que je planifiais ma journée en regardant un plan de la ville, un passant m'a demandé d'où je venais. Lorsque je lui ai répondu, il s'est exclamé "Ah ! Montreal ! Marijuana !". Plus traumatisant pour mon illusion de pureté du troisième âge, un petit vieux assis derrière moi dans le bus a voulu me vendre de l'herbe qu'il dissimulait dans un paquet de cigarettes, m'expliquant qu'elle provenait d'une prescription qu'il avait obtenue la veille. J'ai poliment refusé, mais un autre passager tout droit sorti des pieds nickelés a accepté de lui en acheter. La transaction s'est effectuée sans aucune discrétion, alors que le chauffeur examinait la scène dans son rétroviseur d'un oeil inquisiteur, sans intervenir pour autant.

La conférence m'a laissé assez de temps pour arpenter la ville. Premier constat : celle-ci est relativement petite et on se rend compte qu'il est possible de la parcourir à pied. Deuxième constat : le terrain est plus vallonné qu'un concurrent de "Qui perd gagne" et on regrette bien vite la décision que l'on a prise suite au premier constat. Malgré ce détail, j'ai pris beaucoup de plaisir à me promener dans San Francisco. J'ai été frappé par la diversité des quartiers et la beauté de nombreux bâtiments. Cette ville semble par ailleurs plongée dans un état de transe permanente, avec ses bons côtés (deux gamins de 7-8 ans qui jouent de la batterie sur un trottoir du centre ville avec une dextérité propre à convaincre Manu Katché de se recycler définitivement dans la téléréalité) et ses mauvais (deux personnes s'engueulant dans la rue avec tellement de hargne qu'on se croirait à une session du parlement québécois). Un autre élément frappant est la pauvreté. Dans le centre-ville, il est fréquent de voir des gens dormir en plein milieu du trottoir, et l'apparence de certaines personnes plaide à elle seule pour la couverture santé universelle.

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J'ai passé tellement de temps à errer dans les rues que j'ai visité assez peu d'attractions touristiques. J'ai quand même pris la peine de monter en haut de la tour Coit qui, en plus de permettre une vision panoramique de San Francisco, m'a inspiré une foule de jeux de mots idiots que je ne reproduirai pas ici par crainte que la lecture des personnes chastes ne doive être interrompue. J'ai également fait un tour du côté du Pier 39, ancienne marina colonisée par les lions de mer, et du musée mécanique, grand hall où sont exposées des machines à sous d'époques et de styles différents (jeux vidéos, automates...), toutes en état de marche. Je ne pouvais évidemment pas quitter la ville sans m'approcher du Golden Gate Bridge dont j'ai pris une quantité de photos peu raisonnable.

Un de mes regrets est que mes faibles compétences linguistiques aient limité mes échanges avec les San-Franciscain, ces derniers utilisant encore plus d'anglicismes que les Québécois. Je me rends également compte que j'ai souvent un sentiment d'inachevé quand j'effectue un court séjour dans un endroit qui m'inspire. Je pense que j'ai besoin d'habiter plusieurs mois dans une ville pour la découvrir autant que je le souhaiterais. Je me prends parfois à rêver d'un "MauditFrançais.com à San Francisco", "MauditFrançais.com à Tokyo" ou "MauditFrançais.com à Prague". Un peu comme les albums de Martine, mais en moins subversif.

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Commentaires

J'ai découvert ton blog via celui de Marie et Frank. J'avais aimé les billets que j'avais lu, j'attendais ton retour à la plume avec impatience.

J'ai bien aimé ta description de la ville. Imagée, drôle, charmante. Ça me donne encore plus envie d'aller la visiter.

Au plaisir de te lire!

Contrairement à toi, San Francisco était un de mes rêves de petite fille. J'aurais pu être tellement déçue en y mettant enfin les pieds, dans cette ville tant fantasmée... Cela n'a pourtant pas été le cas, et j'ai été sous le charme, j'ai enfin réalisé que j'y étais, dans cette ville toujours présente dans mes bouquins préférés, la ville de la ruée vers l'or, la ville des beats...
Il y a bien-sûr beaucoup de folklore, mais quand on entre à Amoeba, on se rend compte que cet esprit là est encore bien vivant à San francisco. C'est effectivement agréable de pouvoir se déplacer exclusivement à pieds, et de se perdre dans ses quartiers perchés. C'est tout le charme californien!

Tres belle plume. "J'ai que ca qu'a dire !" comme dirait un certain Ribery