Maudit Français

La retraite aux marmots

Ça ne manque jamais. À chaque fois que l'on aborde le problème des retraites, on trouve des personnes pleines de bon sens pour nous expliquer que la meilleure solution est de faire des enfants, avec le même aplomb qu'elles nous conseilleraient de soigner une brûlure avec du blanc d'oeuf ou de mettre une petite cuiller dans la bouteille de champagne pour en conserver le gaz. La théorie est simple : faire des enfants permettrait de disposer de plus de main d'oeuvre, donc de plus de travailleurs, donc plus de gens pour payer les retraites. Il suffit cependant de réfléchir un instant pour comprendre que cette logique est totalement absurde.

Outre le fait qu'il est étrange d'encourager la natalité pour avoir plus de travailleurs alors que près de 8 % d'entre eux n'arrivent déjà pas à trouver un emploi au Canada, il faut garder à l'esprit qu'élever un enfant coûte énormément d'argent. Le Conseil du bien-être social du Canada a notamment publié une étude estimant que les parents doivent débourser 10 000 $ par an entre la naissance de leur môme et sa majorité. Il va sans dire que celui-ci restera une source importante de dépenses après ses 18 ans, surtout si on souhaite lui payer les études qui lui permettront d'exercer un métier bien payé et de verser de grosses cotisations au régime des retraites. Une personne qui ferait un enfant uniquement dans ce but gagnerait sans doute à s'abstenir et à placer les sommes ainsi épargnées dans un REER ou un CELI.

Alors que les jeunes entrent de plus en plus tard dans la vie active et que les retraités vivent de plus en plus longtemps, faire davantage d'enfants ressemble par ailleurs plus à une fuite en avant qu'à un réel remède. Selon des lois naturelles qui me semblent immuables, ces derniers finiront en effet par vieillir à leur tour, ce qui implique que les générations suivantes devront faire encore plus d'enfants. Je ne sais pas si c'est la bonne voie à suivre quand on sait que notre planète dispose de ressources limitées et qu'elle est déjà en train de crever lentement de son trop plein d'humains.

J'aimerais enfin que les natalistes comprennent qu'un enfant conçu dans le seul but de préserver le système de retraite risque de ne pas recevoir l'amour sirupeux, mièvre et inconditionnel que tout parent se doit de donner à son rejeton. Il est vrai que si ce manque d'affection conduit progressivement ce dernier à la dépression et qu'il finit par se suicider juste avant la retraite et après avoir cotisé toute sa vie, c'est tout bénéfice pour le régime, mais je ne suis pas sûr que ce soit super moral.