Maudit Français

In memoriam

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Avec quelques jours de décalage, je me dois de célébrer la mémoire d'un évènement historique qui a transformé à jamais le visage de l'Amérique du Nord. Le 15 septembre 2006, cela fera en effet cinq ans que je suis installé au Québec en tant que résident permanent.

Selon la tradition, je devrais sans doute m'adonner à un examen détaillé de ce qui s'est amélioré ou a empiré dans ma vie depuis que j'habite à Montréal, pour déboucher ensuite sur un bilan plus ou moins positif de mon aventure selon que je souhaite encourager ou dissuader mes compatriotes de suivre ma voie. Je m'abstiendrai toutefois de cette tentative de manipulation. D'une part parce que j'ai le leadership d'une huître, et d'autre part parce que ces cinq années m'ont fait comprendre que le fait de se trouver bien ou non dans un pays étranger dans lequel on s'installe dépend principalement de la subjectivité de chacun.

Je me rends compte que depuis que j'ai décidé de m'installer au Québec, j'ai croisé de nombreux experts auto-proclamés en immigration ou en philosophie de la vie : futurs, anciens ou pas immigrés, globe-trotters ou sédentaires, retournés en France ou restés au Québec, aigris ou hébétés… Beaucoup m'ont donné de nombreux avertissements et suggestions que j'avais rarement sollicités, me prouvant qu'ils avaient raison à grand renfort de statistiques divines, de modèles implacables et d'exemples précis. Cinq ans après, je constate que la plupart des pronostics qu'ils avaient fait sur ma personne étaient complètement erronés.

Je me sens bien aujourd'hui à Montréal, mais je comprends parfaitement que d'autres personnes ne puissent pas supporter cette ville. J'ai du mal à garder mon calme lorsque des immigrés déçus de leur expérience se mettent à cracher sur le pays entier ou sur ses habitants au lieu d'analyser leur situation, mais je ne supporte pas non plus ceux qui voient leur terre d'accueil comme le paradis ultime et balancent des leçons d'intégration à la moindre personne qui signale que tout n'est pas rose.

Devant la foule implorant que je partage malgré tout une parcelle de la sagesse céleste que j'ai acquise durant ces cinq années d'immigration au Québec, je donnerai cependant les trois conseils suivants : énormément se documenter avant de commencer les démarches d'immigration, ne pas dramatiser les problèmes qui ne manqueront pas d'apparaître et accepter de faire des erreurs puisque c'est comme ça qu'on apprend. Bonus : marche aussi pour les autres pays.