Maudit Français

La révolte des moumounes

Depuis que je vis au Québec, j’ai lu de nombreux articles de journaux et messages de forums dans lesquels les gens se plaignaient que leurs compatriotes soient des moumounes. Cette expression désigne une personne craintive et faible. On pourrait traduire cela par « mauviette » ou même « tapette » en français de France. Très souvent, j’ai vu des personnes l’utiliser pour dénoncer l’apathie de la majorité de la population lorsque le gouvernement québécois prend des mesures impopulaires ou se trouve une énième fois trempé dans des affaires de corruption.

Depuis que ce dernier a fait voter la loi 78, je constate que les Québécois ne sont pas si moumounes qu’on voudrait nous le faire croire. Il faut en effet du courage pour manifester spontanément dans la rue malgré l’interdiction, au risque de se voir confronté à une amende salée ou une répression poivrée. Je suis impressionné de voir de plus en plus de citoyens participer aux marches nocturnes ou aux manifestations de casseroles dans les rues de Montréal, alors que nous sommes inondés chaque jour d’images de brutalités policières totalement gratuites.

Si je devais qualifier quelqu’un de moumoune (en mettant de côté l’aspect homophobe de cette expression qui me déplait fortement), ce serait plutôt les gens terrifiés par la liberté, qui trouvent toujours le moyen de justifier que des manifestants pacifiques se fassent cogner dessus. Bien que je sois personnellement opposé à la hausse des frais de scolarité, je comprends que des gens puissent y être indifférents, ou même favorables. Je comprends aussi que l’on soit tanné que ce sujet envahisse les médias depuis plus de cent jours, ou de se retrouver régulièrement pris dans les embouteillages à cause des manifestations.

Mais penser que ces désagréments justifient qu’une personne se fasse défoncer le crâne, pour avoir défendu ses convictions ou tout simplement avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, c’est pour moi une forme inquiétante de masochisme. Car quand on accepte ce genre d’attitude antidémocratique d’un gouvernement pour les autres, on l’accepte aussi implicitement pour soi-même à plus ou moins longue échéance.

Avoir peur du mouvement étudiant à cause des casseurs alors qu’ils constituent une infime minorité des manifestants ;

suspecter les gens de vouloir instaurer une dictature communiste dès qu’ils demandent un tout petit peu plus de justice sociale ;

vouloir toujours rester du bon côté de la matraque quitte à se faire dépouiller de ses droits fondamentaux.

Ça, c’est vraiment moumoune.