Maudit Français

Pour quelques députés de plus...

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Crédit illustration : Julie Kertesz

Ce week-end se déroulait le premier tour des élections des représentants des Français de l'étranger à l'Assemblée nationale. À l'issue du second tour, qui se déroulera les 16 et 17 juin prochains, les expatriés de mon pays d'origine disposeront de 11 députés dans le monde entier pour défendre leurs intérêts dans l'Hémicycle.

Cette élection a failli causer un accident diplomatique entre la France et le Canada. Ne tolérant aucune ingérence étrangère à l'exception de celle de Dieu, le gouvernement de Stephen Harper a en effet créé la stupeur en décembre dernier en refusant qu'une circonscription étrangère se situe sur le territoire canadien, au motif que cela nuirait à sa souveraineté. Ce conflit a eu d'incommensurables et déplorables conséquences : au lieu de voter comme à l'habitude au collège Stanislas qui se trouve à 3,7 km de chez moi, je me voyais contraint de me déplacer jusqu'au consulat de France à Montréal qui se trouve à 5,6 km.

Si je ne partage pas l'avis du gouvernement Harper, qui se montre moins tatillon sur son indépendance lorsqu'il s'agit de coller des portraits d'Élisabeth partout, je dois avouer que j'ai du mal à comprendre l'utilité pour un Français installé à l'étranger d'être représenté à l'Assemblée nationale. Le plaisir simple de renverser l'excité bling-bling avait suffi à me faire déplacer vers les urnes sous une pluie battante. En revanche, je n'arrive pas à voir à quoi un député qui n'a aucun pouvoir politique sur sa propre circonscription peut bien servir. Il est vrai que certaines décisions prises en France peuvent encore avoir un impact sur moi. Des politiciens pourraient par exemple remettre en cause la pension que je suis censé toucher de la France à ma retraite au titre d'ancien cotisant, mais mon expérience de l'administration française me dit que j'aurai de toute façon bien du mal à la récupérer à plus 5 000 km de la mère patrie.

Je me pose également des questions sur ma légitimité à élire des députés qui voteront des lois ayant généralement plus de conséquences sur mes compatriotes restés au pays que sur moi. C'est une forme d'ingérence bien plus importante que celle qui révulse Stephen. Je pourrais certes dire que je n'écarte pas la possibilité de revenir un jour en France, mais cette hypothèse me semble tellement improbable que cela friserait la mauvaise foi.

Enfin, je me demande si le fait de renforcer les représentants des Français de l'étranger ne serait pas une manière de nous faire avaler plus tard la pilule d'une imposition des Français de l'étranger. Ce projet est régulièrement évoqué par les politiciens de toutes les tendances, et il se trouve que, comme beaucoup de pays, la France a besoin d'équilibrer son budget. Il me semble qu'il sera très difficile pour les expatriés qui revendiquent aujourd'hui le droit de participer à la vie politique de leur pays de refuser demain de participer également à sa vie fiscale.

C'est sans doute pour toutes ces raisons que beaucoup de compatriotes se sont désintéressés de cette élection, et que je me suis moi-même souvenu juste aujourd'hui qu'elles se déroulaient hier.