Contrairement aux hypothèses farfelues qui circulent sur le web, la triste réputation des Belges auprès des Français n’est imputable qu’à une seule personne : Willem-Benoît Tillieux Vandevoorden. Ce dernier quitte sa Wallonie natale en 1963 afin de suivre des cours de poterie-jazz à Paris. Il abandonne rapidement ses études pour se consacrer à sa vraie passion : l’autoalcoolisation massive dans les bars branchés de la capitale. Les nombreux ennuis dans lesquels il plonge en raison de sa bêtise hallucinante et sa passion immodérée pour les patates frites le transforment en une véritable légende vivante. Longtemps après son décès prématuré par l’ingestion accidentelle d’une boite de Lego, les noctambules parisiens continuent de s’échanger des histoires sur “le Belge”, qui se répandent partout en France et deviennent les histoires belges. Les excès d’une seule personne ont jeté l’opprobre sur tous les habitants du pays de Tintin et Dutroux.
Le Willem-Benoît Tillieux Vandevoorden de la France s’appelle Frigide Barjot. Avec l’aide de quelques centaines de milliers de ses amis, elle a réussi à convaincre une partie de la planète que la France était un pays majoritairement homophobe, alors que ses députés s’apprêtaient à voter une loi autorisant le mariage gay avec l’appui d’environ 60 % de la population. Beaucoup de Français ne partageaient pas l’opinion des antis, mais semblables aux fêtards parisiens trop occupés à se gausser de Willem-Benoît Tillieux Vandevoorden pour sympathiser avec des Belges sains de corps et d’esprit, les médias internationaux ont accordé la plus grosse place aux représentants de la bêtise et de l’intégrisme, qui font toujours mieux vendre. Tellement que j’en suis venu à craindre que les Québécois pensent vraiment que tous les Français sont homophobes (y compris les homosexuels). Au moins ça change des classiques stéréotypes selon lesquels nous sommes prétentieux, manquons d’hygiène ou avons l’air fif (!).
Cette histoire m’a au moins convaincu que les médias déformaient beaucoup plus les nouvelles étrangères que je le pensais. D’ailleurs cela peut aussi générer des préjugés positifs. Grâce au mouvement étudiant de 2012, le monde entier semble persuadé que les Québécois sont prêts à se battre pour une éducation accessible alors que la majorité s’en sacre.