Maudit Français

Guide pour être un maudit téteux

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L’édition montréalaise du journal Métro a publié hier un article à l’attention de mes compatriotes immigrant au Québec, intitulé « Guide pour éviter d’être un “maudit Français” ». Ce papier a été pour moi une révélation. Jusqu’ici, je pensais que c’était les gens qui utilisent sérieusement cette insulte qui devaient changer d’attitude. J’ai hâte de lire d’autres articles sur ce modèle, comme « Guide pour éviter d’être une “grenouille” », pour les Français qui s’installent en Angleterre, ou « Guide pour éviter d’être un “toubab” », pour ceux qui immigrent en Afrique.

L’auteure de ce texte nous explique que l’intégration des immigrés français au Québec est « plus ou moins facile » et que les Québécois « peuvent parfois leur reprocher d’être arrogants ou donneurs de leçons » (en gras : les euphémismes prouvant qu’elle ne croit pas en son propre sujet). Elle pose ensuite l’angoissante question : « Mais comment éviter de devenir ce “maudit Français” ? » Une préoccupation à laquelle peut heureusement répondre le journaliste et immigré français Philippe Renault, qui passait dans le coin, et avait justement un livre à nous vendre sur le sujet. Ce dernier nous donne quatre conseils miracles qui pousseront les Québécois les plus obtus à vous bénir au lieu de vous maudire.

Dans « Saisir les règles du jeu au bureau », Philippe nous explique qu’il ne faut pas s’étonner de n’avoir que deux semaines de vacances par an, ou d’avoir une pause lunch très courte. C’est bien connu, les Québécois détestent les congés. S’ils le pouvaient ils paieraient pour avoir le droit de travailler encore plus. Ne les offensez pas en leur disant que vous aimez avoir du temps pour vous. Il pointe également le doigt sur la plus grande frustration des expatriés dans la Belle Province : « Les Français ont l’habitude de saluer tous leurs collègues matin et soir, alors qu’ici, on ne le fait qu’à la première journée de travail. » Il a 100 % raison. C’est le pire problème de l’immigrant. Moi-même, je pousse tous les soirs dans mon lit des cris de fouine dépressive en repensant à ce choc culturel. Et surtout, ne vous avisez pas de draguer au bureau. Sauter la nouvelle secrétaire dans les toilettes du deuxième est certes bien vu dans la patrie de Dominique Strauss-Kahn, mais peu tolérée de ce côté de l’Atlantique. Nous devons impérativement mettre de côté les instincts de french violeur qui coulent naturellement dans nos veines.

Dans « Éviter les comparaisons », Philou conseille aux Français de mieux préparer leur arrivée. Ils devraient « écouter les médias québécois, s’intéresser à la politique et à l’histoire d’ici, comprendre les règles de base du hockey. » Parce que ça vous sera d’un grand secours de savoir ce qu’est un « slap shot », quand vous apprendrez qu’un ordre professionnel québécois vous interdit de travailler dans votre branche. Il conclut cette section par un superbe paradoxe : « Concentrons-nous sur les similitudes et évitons les comparaisons ».

Dans « Aller au-delà du Plateau », Fifi nous apprend qu’il ne faut pas vivre sur le Plateau. OK. Un point pour toi.

Et le must : dans « Ne pas (trop) se plaindre de l’hiver », Phil nous explique que se plaindre de l’hiver, « alimente l’image hautaine des Français ». Vous avez bien lu : pour ne pas passer pour un Français hautain, vous devez vous abstenir de faire ce que les Québécois font six mois par an.

C’est vraiment très intéressant, mais j’ajouterais un cinquième conseil pour ne pas vous faire traiter de maudit Français : fréquentez des gens ouverts d’esprit qui ne jugent pas les gens sur leur nationalité. Et si par malchance, une connaissance vous balance cette insulte à la face dans un autre but que vous taquiner, vous avez le droit de l’envoyer poliment chier.