Maudit Français

Poli ! Poli ! Politik !

illustration

À l’approche des élections générales du 7 avril, je me rends compte que mon engagement dans la politique québécoise a subi plusieurs métamorphoses, comparables aux évolutions successives d’un Pokémon.

Quand je me suis installé dans la Belle Province, j’étais un digne représentant de l’espèce Ingenux. Après plus de dix ans de survie dans les broussailles parisiennes, j’étais tellement impressionné par le civisme des Québécois que j’imaginais naïvement que les mœurs politiques étaient à l’avenant. Si j’avais vu un mafioso remettre une enveloppe brune à un conseiller municipal dans un bar louche, je me serais sûrement extasié du mode original de livraison du courrier dans la métropole.

Malgré cet émerveillement de tous les instants, je restais très concerné par la politique française. Tel l’amoureux éconduit stalkant l’objet de ses désirs sur Facebook, j’épiais les moindres soubresauts politiques de la mère patrie sur ma page Google News, réglée par défaut sur « France ».

À force de sanglants combats rhétoriques avec des Québécois et d’ingestions de potions wikipediesques, j’ai muté de l’espèce Ingenux vers l’espèce Mencrisse. J’avais acquis une certaine connaissance de la politique québécoise et canadienne, mais pas assez pour me passionner pour cette dernière. J’évitais au maximum de donner mon opinion sur les sujets chauds, conscient qu’il me restait de nombreuses lacunes à combler. À l'époque, j’étais encore persuadé que le Parti québécois était de gauche, ou que Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins avaient une âme. La France me paraissait quant à elle de plus en plus lointaine, et j’avais beaucoup de mal à m’intéresser à son actualité. Cette période durant laquelle je n’arrivais à m’impliquer émotivement dans la politique d’aucun pays fut un véritable âge d’or pour ma santé mentale et nerveuse.

Il n’y a pas très longtemps, je suis malheureusement passé à la troisième étape de mon évolution. Le score inquiétant du FN aux dernières élections municipales françaises m’a à peine fait lever un sourcil, mais j’ai le goût de hurler à la mort quand je vois que Justin Trudeau, PKP et Denis Coderre sont considérés par beaucoup de gens comme le parangon du renouveau politique canadien et québécois. La souveraineté vendue comme un remède aussi miraculeux que le collier de noisetier ou comme la cause de l’Armageddon, la focalisation du débat sur l’intégration à des détails textiles et l’environnement relégué au rang de question bonus me boursouflent les neurones.

Cette prise de conscience politique aurait pu me faire muter vers l’espèce Militanx, qui dispose d’aptitudes intéressantes telles que la vérité suprême et le pouvoir d’insulter ses opposants sur Twitter, mais j’ai bien peur de m’être changé en un Amercynik qui vote en se bouchant le nez pour le candidat le moins corrompu.

La Poké Ball qui permettrait de me capturer dans un parti politique n’a pas encore été fabriquée.