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10 bizarreries politiques canadiennes et québécoises

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Crédit illustration : Tholden28

J’aurais volontiers analysé le résultat des récentes élections au Québec, mais les chroniqueurs de la presse traditionnelle le font tout aussi mal que moi. Fidèle à la mission pédagogique que je ne me suis jamais donnée, je vous propose plutôt de découvrir le top 10 des particularités politiques canadiennes et québécoises qui troublent profondément les immigrants français, sitôt qu’ils ont fini de s’extasier sur la vente de chips dans les pharmacies.

10. La désignation du premier ministre

Que ce soit au niveau provincial ou fédéral, c’est le chef du parti qui a remporté les élections générales (équivalent des élections législatives) qui devient traditionnellement le premier ministre. Cette pratique n’est pas systématique en France, ce qui lui épargne d’être gouvernée par Harlem Désir[^1]. Il faut dire que dans mon pays d’origine, le premier ministre est utilisé comme fusible. Il peut changer plusieurs fois durant une législature. En témoigne le récent remplacement de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls, après une défaite aux élections municipales que je qualifierais sobrement de méchante baffe dans la gueule.

9. Monsieur le président…

Lors des débats à l’Assemblée nationale du Québec, les députés à la tribune ne s’adressent pas directement à leurs congénères, mais au président. En conséquence, ils répondent aux arguments de leurs adversaires à la troisième personne : « Monsieur le Président, l’idée de madame Tremblay de repeindre les murs de la Chambre en mauve est scandaleuse. Elle devrait savoir que le jaune serait bien plus approprié ». Bon, l’exemple est débile, mais vous avez compris l’idée. Ce protocole a l’avantage de limiter les affrontements personnels, mais vu de l’extérieur, on a l’impression de voir des enfants se chicaner devant leur père, essayant chacun de le convaincre que c’est l’autre qui a commencé.

8. La profusion des partis

En France, les partis sont globalement les mêmes, que l’on vote aux présidentielles, aux législatives ou aux municipales. Au Canada et au Québec, ils sont totalement distincts selon les paliers, et même selon les villes pour les municipales. Avec tant de partis politiques différents à retenir, pas étonnant que les Québécois aient des trous de mémoire et finissent par voter pour celui qu’ils s’étaient promis de ne plus jamais élire.

7. Le (non) cumul des mandats

Contrairement à la France, il est interdit au Québec de cumuler les mandats de député et de maire, ce qui est selon moi une excellente chose. On peut en revanche être à la fois ministre et député, ce qui est proscrit dans le pays de Montesquieu. Faudrait que je regarde comment ça fonctionne pour les séances de questions au gouvernement. Est-ce que les députés-ministres s'interrogent eux-mêmes? Je vois mal Pauline Marois se poser des questions.

6. Le calendrier électoral flexible

Si on fait abstraction de la dissolution de l’Assemblée nationale, relativement rare, les élections législatives françaises ont lieu à date fixe, tous les cinq ans. Au Québec, c’était auparavant le premier ministre qui choisissait la date des élections, à condition qu’elles aient lieu au moins tous les cinq ans. Consciente que cette pratique donnait un avantage déloyal au gouvernement en place, la première ministre Pauline Marois a fait passer en 2013 une loi imposant un vote à date fixe tous les quatre ans (comme l’a fait le Canada en 2006). Cela ne l’a pas empêchée de déclencher des élections anticipées moins de deux ans après son accession au pouvoir par pur calcul politique, et de les perdre. Ça me ferait presque croire au karma.

5. La ligne de parti

Au Québec et au Canada, la ligne de parti est quasiment aussi inviolable qu’un champion de sumo. Quiconque en déroge s’expose à des conséquences désagréables. La députée libérale québécoise Fatima Houda-Pépin a par exemple été poussée hors de son caucus pour un désaccord avec ses collègues sur les signes religieux. C’est une grande différence avec la France, où le nombre de courants distincts dans un même parti dépasse parfois celui de ses adhérents. Il est vrai que les dirigeants rappellent parfois leurs troupes à l’ordre. Un acte que les journalistes, appellent « siffler la fin de la récré », car il est bien connu qu’avoir ses propres opinions est la pire forme d’immaturité.

4. Le désistement en faveur du chef de parti adverse

Malgré leur apparence pacifique, les Québécois sont parfois un peu trop pressés d’en découdre. Lorsque Philippe Couillard a été élu chef du Parti Libéral du Québec, Pauline Marois, sa principale adversaire et chef du Parti québécois, l’a invité à se présenter à une élection partielle à Montréal, afin qu’il entre le plus rapidement possible à l’Assemblée. Plus étrange, elle s’est engagée à ne pas présenter de candidat contre lui. On peut voir ça comme un louable et démocratique désir de donner la parole au chef de l’opposition, ou comme un moyen détourné d’économiser des frais de campagne dans une circonscription ou le PQ n’était pas en tête. Et fuck les partisans locaux dans les deux cas.

3. Les frais de campagne

Au Québec, il est illégal de débourser de l’argent pour promouvoir ou combattre un parti ou son programme pendant la campagne électorale sans que cette dépense soit inscrite dans les frais de campagne d’un parti. Durant la dernière campagne, un collectif de citoyens indépendants qui a produit et diffusé sur YouTube un court-métrage contre la charte des valeurs a par exemple était sommé de le retirer par la Direction générale des élections du Québec. L’organisme s’est ravisé depuis, mais en absence de modifications de la loi électorale, mon projet de payer à titre personnel des publicités « Philippe Couillard n’est pas très gentil » sur Facebook dans quatre ans est fortement compromis.

2. Le suffrage à un tour

Lorsqu’un Québécois me titille en me disant que Jean-Marie Le Pen a déjà accédé au second tour des élections présidentielles en France, je lui réponds qu’on a au moins l’avantage qu’il existe (le second tour, pas Jean-Marie). Au Québec et au Canada, on ne nous laisse pas la chance d’éliminer le candidat qu’on déteste le plus après que celui qu’on haïssait le moins a été battu. L’appel au « vote utile » en France est lourd, mais l’appel au « vote stratégique » au Québec est pire.

1. Le fanatisme politique

J’ai l’impression que chez certains Québécois, l’adhésion à un parti politique convertit d’un coup 50 % de leur jugement en arrogance. Ils trouveront toujours moyen de justifier les décisions douteuses de leur parti, même s’il présente un candidat qui ne correspond pas aux valeurs qu’il défend, nomme des dirigeants corrompus ou trafique de la viande de bébé licorne. Et quand ils perdent, ce n’est jamais à cause de la stratégie déplorable de leur camp, mais toujours à cause de la stupidité des électeurs. Ces gens qui troquent leur cerveau contre une carte d’adhérent me fatiguent. Au moins, en France… ah non, c’est pareil, en fait.

[^1]: Pour être cohérent, j’aurais dû dire « Martine Aubry », car c’est encore elle qui dirigeait le PS aux dernières élections législatives, mais c’est plus tendance de taper sur Harlem.