Maudit Français

Qu’est-ce qu’un maudit Français ?

Ça fait plus de quatorze ans que je nourris le blogue « Maudit Français.com », et je viens de réaliser que je n’ai jamais clarifié ce terme. Maudite distraction.

Les avis sur la question varient autant que sur la hauteur optimale d’un jean taille basse, mais voici ma définition, qui a le mérite d’être très courte :

*Maudit Français : Français qui correspond aux préjugés d’un Québécois sur sa nationalité.*

Vous en déduirez qu’il faut au minimum trois ingrédients pour que cette expression soit utilisée : un Français, un Québécois, et des préjugés.

Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire que le Français se comporte mal ou soit mal intégré pour recevoir le maudit qualificatif. Aucun mangeux de grenouilles n’est à l’abri, qu’il soit un pvtiste niaiseux qui s’extasie sur les Québécois qui « parlent comme au Moyen Âge », ou un immigré de plus de dix ans qui affiche sans rire sa passion pour Nelligan.

Le Québécois qui utilise cette expression peut quant à lui appartenir à deux catégories :

  • Le taquin lourdingue, qui ne réalise pas que même avec beaucoup d’humour, un Français se tanne d’entendre pour la six-cent-millième fois la même plaisanterie sur ses origines ;

  • Le xénophobe rancunier, plus sensible à la trahison de la France au XVIIIe siècle qu’à celles du PQ au XXIe, qui s’inquiète de l’assimilation des Québécois par les 5,24 % de Français du Plateau Mont-Royal, entre deux bouchées de Big Mac.

Pour ce qui est des préjugés, les choix ne manquent pas. Selon la collecte que j’ai réalisée au fil des années, les Français parleraient pointu, utiliseraient beaucoup d’anglicismes, aimeraient les mots et les phrases compliqués, se croiraient plus intelligents que les autres, se comporteraient en pays conquis, auraient la nostalgie de colonies, n’arriveraient pas à comprendre que leur pays est en déclin, ne se laveraient pas, ne s’épileraient pas les aisselles (j’avoue), seraient arrogants, agressifs, hautains, racistes, et depuis récemment, homophobes (merci à mes compatriotes moyenâgeux anti-« mariage pour tous »). Je laisse de côté les quelques préjugés positifs, car il est rare de se faire traiter de maudit Français pour avoir apporté une bonne bouteille de vin à un party.

Ces idées reçues sont parfois pesantes, mais je relativise en me disant que c’est le lot de tout immigré, même si les Français sont des immigrés privilégiés. Finalement, ce qui m’agace le plus, ce sont les médias français et québécois qui alimentent le feu avec des articles du genre « Comment ne pas être un maudit Français », alors que la question pertinente est « Comment apprécier sa job de magasinier à Renaud Bray quand on a un doctorat ».