Maudit Français

Ze Sophie Durocher problem

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Sophie Durocher revient tout juste de ses vacances en France, et elle est en crisse.

Pour les 99, 9999 % de Français qui ne connaissent pas Sophie Durocher, il s’agit d’une chroniqueuse québécoise dont la profondeur de réflexion ne dépasse qu’occasionnellement celle de l’émission « Qui veut épouser mon fils ? »

Dans son dernier billet dans le Journal de Montréal intitulé Ze french don't speak french, elle s’insurge contre les anglicismes de mes compatriotes. Selon elle, ces derniers « sont obsédés par l’english », et en France, « on speak ze english à tous les deux mots ». Sophie est irritée du slogan de l’eau d’Evian, énervée par le menu de la SNCF, horripilée du nom des restaurants… Bref, beaucoup d’amertume pour quelqu’un qui revient de trois semaines de congé.

Moi aussi, je suis en crisse, mais j’assume ma part de responsabilité. Lire un billet de Sophie Durocher partagé par Mathieu Bock-Côté, c’est sûr que j’allais passer une mauvaise journée (non, je ne suis pas abonné à la page de Bock-Côté, mais je n’ai aucun contrôle sur ce que mes amis likent, pardon, aiment).

Ce qui m’agace le plus, c’est que cette aspirante au Pulitzer de la médiocrité prétend informer ses lecteurs sur la manière dont les Français parlent, alors que ses exemples sont uniquement des marques ou des slogans publicitaires.

Plutôt que de piquer une crise devant les enseignes à chaque coin de rue, Sophie Durocher aurait dû au minimum discuter avec des Français. Mais peut-être qu’aucun Français n’a accepté de parler à Sophie Durocher. Contrairement à une idée reçue, l’arrogance n’est pas si appréciée dans mon pays d’origine.

Elle essaye en outre de convaincre son auditoire que les marques et les slogans qu’elle cite ont été inventés par des Français pour faire cool, alors que plusieurs d’entre eux sont juste d’origine anglophone. EasyBus est une compagnie anglaise, de même que Durex. Le concept des pianos publics « Play me I'm yours » vient d’un artiste britannique.

Et c’est bien beau de critiquer les KFC (en québécois : PFK) qui vendent des « buckets » de « wings », mais je ne crois pas que les McDonalds de la Belle Province vendent des « hambourgeois » et des « sandwichs roulés »

Mention spéciale pour la phrase « On a l’impression que leurs pubs sont faites par Lisa Leblanc­­! », très classe et pas du tout gratuite. Mais j’imagine que critiquer les anglicismes de Lisa Leblanc est la moindre des consolations quand on n’a pas le millième de son talent.

J’admets que certains marketeux et publicitaires français ont une fâcheuse tendance à utiliser des mots anglais pour vendre leur produit. Il faut cependant une extrême mauvaise foi pour extrapoler ce défaut à l’ensemble de la population française.

C’est comme si un Français passait ses vacances au Québec, limitait ses communications au Journal de Montréal, puis rentrait en France en disant que tous les Québécois sont stupides et racistes.

Après un séjour aussi traumatisant, j’espère au moins que Sophie Durocher aura la cohérence de ne pas retourner en vacances en France. À sa place, j’irais plutôt dans un endroit ou tout le monde parle un français pur et dénué de tout anglicisme. Genre, le village de Toc toc toc.